• Chez Ruquier, l’incroyable dialogue Mélenchon-Pulvar

    Après sa nouvelle prestation réussie à la télévision – samedi soir dans ''On n’est pas couché'' sur France 2 –, le candidat du Front de gauche inquiète désormais les amis de François Hollande.

    Jean-Luc Mélanchon interrogé par Audrey Pulvar samedi soir dans l'émission ''On n'est pas couché" (capture d'écran © France 2)Jean-Luc Mélanchon interrogé par Audrey Pulvar samedi soir dans l'émission ''On n'est pas couché" (capture d'écran © France 2)

    Invité samedi soir de On n’est pas couché, l’émission star de Laurent Ruquier sur France 2, l’eurodéputé Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de gauche à la présidentielle, a quitté le plateau sous les ovations du public après une nouvelle prestation impressionnante qui fait déjà de lui, quoi qu’on pense de ses idées, « la » révélation de la présidentielle 2012.

    « Vous seriez génial au théâtre », lui a lancé Amanda Lear, qui triomphe sur scène dans Lady Oscar et, à l’évidence, n’est pas de son bord politique. Quant à Patrick Besson, chroniqueur au Point et ancien sympathisant du PC, il a regretté que Mélenchon n’ait pas été le secrétaire général du PC en 2002 car le résultat de la présidentielle –qui  a vu cette année-là  Lionel Jospin se faire éliminer par Jean-Marie Le Pen– aurait été, assure-t-il, tout différent.

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    ''Madame, vous devez choisir la vie''

    Ce qui est sûr, c’est que l’ex-prof de Lettres, l’ex-trotskiste, l’ex-socialiste Mélenchon, excellent orateur et parfois cabotin en diable, est en train de devenir « le » client par excellence de médias en quête de talents qui « dépotent ». N’est-ce pas un homme, quand on lui demande si on a bien compris et si « sa » solution pour échapper à la crise, c’est bien de faire marcher « à l’américaine »  (via la Banque centrale européenne) la « planche à billets », capable de répondre, sans se démonter: « Il faut choisir entre la guerre ou l’inflation. Eh bien, n’hésitez pas, Madame, vous devez choisir la vie » (sous-entendu : l’inflation). Sinon, à l’entendre, le continent européen va tout droit, à force de super-austérité, vers des affrontements dévastateurs.

    Pourquoi les ouvriers votent-ils FN ?

    Mais le grand moment de l’émission aura été, au final, le dialogue entre Mélenchon et Audrey Pulvar. La journaliste, par ailleurs compagne d’Arnaud Montebourg, est, on le sait, une femme engagée: elle milite, c’est clair, pour l’élection de François Hollande mais,  idéologiquement, se situe à la gauche du PS. La prestation de Mélenchon a été jusque-là presque entièrement consacrée au « peuple »: comment se fait-il que les « ouvriers », que le PS n’a pas su (et depuis longtemps) retenir, paraissent aujourd’hui davantage tentés par Marine Le Pen que par Mélenchon? Question centrale pour ce dernier, qui suggère que sa décision de quitter le PS pour se rapprocher du PC n’est pas étrangère à cela.  L’ex-champion du « non » à la Constitution européenne répète son antienne: les socialistes, sur l’Europe, se sont trompés de stratégie. Tout serait parti de là.

    ''En 2002, j’ai fait une grosse déprime''

    Visiblement impressionnée par le rouleau compresseur qu’elle a en face d’elle, Audrey Pulvar s’inquiète alors: Mélenchon ne va-t-il pas faire perdre la gauche et, s’il continue à marquer des points, ne va-t-il pas affaiblir gravement Hollande, voire provoquer son… « élimination » (sur le modèle du Jospin de 2002)? L’heure n’a-t-elle pas sonné, ajoute-t-elle, du « vote utile » ?

    La journaliste, qui avait préparé son « coup », demande alors à Mélenchon de revoir une brève séquence télévisée de 2002 dans laquelle, le visage défait, on le voit mettre en accusation tous les « petits » candidats de gauche qui, indirectement, auraient provoqué la défaite du candidat PS de l’époque. Réplique de Mélenchon: j’ai été « stupide ». Il indique que, sous le choc, il a fait à l’époque une « grosse déprime » et qu’il ne s’en est sorti que par « un gros travail sur (lui)-même » (qui l’a amené, dit-il, à revoir son credo politique).

    Hollande comme Jospin ?

    Le candidat du Front de gauche regrette d’avoir « insulté le peuple souverain ». Il impute à un Jospin enfermé dans sa tour d’ivoire la responsabilité de son échec : « Il a même refusé que la candidate des Radicaux de gauche, qui y était prête, se retire à son profit avant le premier tour… ». Il fait enfin observer à Audrey Pulvar que jamais il n’y a eu aussi peu de candidats relevant de la gauche au premier tour de la présidentielle qu’en cette année 2012. Et il assène alors sa conviction : tout est entre les mains de Hollande. Simplement, s’il croit que l’antisarkozysme peut lui amener mécaniquement des voix au second tour (de même que Jospin tablait il ya dix ans sur l’antichiraquisme), il se trompe lourdement. Il faudra qu’il sache « convaincre ». Sous-entendu : et on n’en est pas là.

    En face, Audrey Pulvar écoute, et se tait. Peut-être pense-t-elle, à cet instant, qu’un homme capable de redonner des couleurs et une forme de modernité à un PC à l’agonie, c’est un sacré « client ». Et une menace ?

    Par Dominique de Montvalon

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