• Discours de Pierre Laurent - Meeting du PGE

    Chers amis, chers camarades,

    Nous voici ici à Paris, venus de toute l'Europe, pour lancer un appel solennel : Oui, c'est bel et bien l'heure de vérité pour l'Europe !

    Ou bien nous laissons les dirigeants actuels de l'Europe continuer de nous entraîner jusqu'au fond du gouffre – et, c'en sera fini pour longtemps du projet d'une Europe solidaire –

    Ou bien, nous refondons totalement le projet européen sur des bases sociales et démocratiques, capables d'affronter les défis d'un nouveau type de développement humain.

    Oui, c'est l'heure de vérité !

    Comme il est loin le temps où ceux qui nous méprisaient, nous traitaient de ringards, de nationalistes attardés, paraissaient à la télévision pour nous faire la leçon sur l'Europe.

    Comme il est loin le temps où nous méritions d'être cloués au pilori pour oser dire que derrière le miel et le sucre des mots se cachaient l'égoïsme et l'argent.

    Oui, aujourd'hui, l'évidence est là. Tous les libéraux et les sociaux-libéraux qui nous mènent à la catastrophe sont des Européens de pacotille.

    Sarkozy, Merkel, Barroso, Zapatero, Papandréou... tous sont en vérité les croque-morts de l'idée européenne.

    Grâce à eux, grâce à leur politique, les droits sociaux des peuples européens sont liquidés un à un ; les travailleurs, leurs salaires, leurs retraites, sont sacrifiés ; on revoit ressurgir les discours égoïstes du chacun pour soi, les « je ne paierai pas pour les autres », les chemises brunes parader en Hongrie, on revoit l'extrême droite tirer à bout portant sur des démocrates, on revoit les Roms embarqués dans des trains spéciaux pour être déplacés, parqués ou mis au travail forcé.

    L'Europe régresse comme jamais elle ne l'a fait depuis les grandes guerres mondiales, et comme hier, nous renouvelons le serment que nous ne voulons pas de cet avenir barbare.

    Oui, face à ces fossoyeurs de la solidarité européenne, nous affirmons, ici, nous sommes le parti des Européens, nous sommes le parti de l'Europe qui prend la défense des peuples contre leurs exploiteurs.

    Depuis trois ans, depuis la crise financière, leur Europe est un mensonge permanent, un échec permanent, un coup de force permanent.

    Ils nous ont dit il y a trois ans qu'ils maîtrisaient la crise financière, que l'Euro résisterait car il était fort et sain.

    C'est faux ! Ils ne maîtrisent rien. Et, comme nous l'avions annoncé, la descente aux enfers continue dans toute la zone euro.

    Ils nous ont dit que le renflouement des banques était un mal nécessaire pour protéger les Européens.

    C'est faux ! Les Européens paient pour les banques, mais les banques ne financent plus le développement des Européens. Monsieur Barroso lui-même le dit dans son discours sur l'État de l'Union « Au cours des trois dernières années, les États membres - ou les contribuables devrais-je dire - vous entendez bien, les contribuables !, c'est Barroso qui le dit, ont octroyé 4 600 milliards d'euros d'aides et de garanties au secteur financier » Voilà la vérité !

    Ils nous ont dit que la Grèce est un « mouton noir », que les Grecs sont un peuple de gaspilleurs, de paresseux, de fraudeurs, qu'ils sont de mauvais payeurs... et que les injonctions des experts leur permettraient de se redresser.

    C'est faux ! Les Grecs s'enfoncent dans la pauvreté, le chômage, les pertes de salaire atteignent 40%. La Troïka détourne l'argent public pour les banques au détriment des travailleurs et sans aucun contrôle démocratique.

    Ils nous ont dit que la crise de la dette serait résolue en réduisant la dépense publique, en comprimant les salaires, en privatisant les services publics.

    Faux et encore faux ! Cela fait trois ans qu'ils nous imposent l'austérité partout en Europe avec pour seul résultat la baisse de la croissance, l'aggravation du chômage et de la précarité et au final, devinez quoi... l'augmentation de la dette !

    La vérité, c'est que leur politique est un échec ! Un véritable fiasco ! Que la situation leur échappe.

    Et nous n'avons encore rien vu si nous les laissons continuer.

    Que nous annonce Barroso dans son discours ?

    Encore de nouvelles aides financières aux institutions et aux banques avec l'argent des Européens puisqu'il affirme que le Fonds européen de stabilité financière devra, je le cite, « contribuer à la recapitalisation des banques »

    Encore de nouveaux reculs démocratiques avec la remise en cause de la souveraineté des États membres, dont les budgets devront être examinés par les institutions européennes « avant, dit-il, que des décisions soient prises au niveau national

    Encore de nouvelles privatisations avec « la mise en œuvre complète de la directive sur les services », celle que nous avons rejetée sous le nom de directive Bolkenstein ; et de nouvelles dérèglementations du marché du travail, de nouvelles coupes dans les dépenses publiques, de nouveaux reculs du droit à la retraite car l'Europe a besoin selon lui d'« efforts considérables de chaque composante de la société. »

    Mais, rassurez-vous, la composante capitaliste de la société est épargnée puisque, concernant les entreprises, il faudra nous annonce t-il mettre en œuvre une « réglementation intelligente pour leur permettre d'épargner 38 milliards d'euros par an » !

    Et quand par la suite il appelle les entreprises à investir dans la jeunesse, on pourrait se dire, ça y est, enfin la prise de conscience du besoin de créations d'emplois pour nos jeunes. Mais non, ne rêvez pas, il s'agit je le cite « d'offrir à nos jeunes des stages ou des possibilités d'apprentissage. ». Et, summum du cynisme, il nous explique pourquoi : car, dit-il, « c'est préférable que de les voir descendre la rue et exprimer leurs angoisses en manifestant une méfiance à l'égard de l'union.»

    Au même moment, le programme alimentaire est quant à lui réduit de 360 millions d'euros et pour la part qui revenait aux associations françaises, il passe en 2012 de 160 millions à,- tenez-vous bien ! - 15 millions d'euros quand l'Europe compte 80 millions de pauvres...

    Voilà la vérité du plan Barroso-Sarkozy-Merkel !

     

    En fait, ce qui est désormais en jeu avec la crise européenne c'est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

    Toutes ces dernières années, ce sont les marchés, c’est-à-dire les banques, les agences de notation, les fonds spéculatifs et les plus grosses multinationales qui gouvernent.

     

    En Italie, Silvio Berlusconi exécute sans discuter les ordres de la BCE. Le Premier ministre Fillon, ou la Chancelière allemande fondent leur crédibilité politique sur leur compatibilité avec les milieux financiers.

    Et la presse leur emboîte le pas et assène tous les jours que le plus important est de rassurer les marchés, de garder leur confiance et que cela passe avant le bien du peuple, avant ses besoins, avant ses intérêts.

     

    Nous assistons à l’avènement d’un capitalisme autoritaire qui, en pleine lumière, entend soumettre et ordonner nos existences tout entières. Leur politique, c'est la guerre économique, la guerre monétaire, et peut-être, à nouveau, la guerre tout court.

     

     

    Alors, l’enjeu pour la gauche est le suivant : si nous voulons sortir de la crise, nous devrons engager une politique de résistance et de combat contre les banques et les marchés financiers. Il faut leur reprendre le pouvoir.

    Nous qui luttons aujourd’hui, nous le Front de gauche, nous le Parti de la gauche européenne, nous prenons la responsabilité d’engager ce combat qui est politique, social, écologique, démocratique, qui est tout simplement universel.

    Ce qui est en jeu, c'est un tout autre développement humain !

    La priorité, ce n'est pas le désendettement à n'importe quel prix, c'est le développement d'activités sociales et industrielles utiles au progrès humain et à l'avenir écologique. C'est la reprise du contrôle du secteur bancaire et financier en Europe pour court-circuiter les marchés financiers. Nous ne résorberons pas la dette en pratiquant des saignées sociales qui tuent le malade pour assouvir les vampires de la finance.

    L'heure est bien sûr à la taxation des transactions financières, à la suppression des paradis fiscaux. Nous nous battons pour cela depuis des années mais aujourd'hui, face à l'ampleur de la crise, c'est le minimum !

    Si nous voulons que la France, la Grèce, l'Espagne... puissent repartir sur de nouvelles bases, nous devons financer des investissements utiles aux besoins sociaux, à la transition écologique, à l'innovation industrielle. Pour relancer cette croissance saine, les cadeaux fiscaux au capital doivent cesser partout car ce sont ces cadeaux qui coûtent cher. L'insécurité sociale doit être abolie et l'augmentation des salaires redevenir une exigence dans toute l'Europe. Chaque euro qui ira aux salaires n'ira pas dans la poche sans fond des banquiers. Et surtout, les pillages par les prélèvements financiers, par des rentes injustifiées doit cesser.

    C'est pour cela qu'il faut mettre en œuvre deux mesures essentielles sur lesquelles je veux insister au moment où on essaye de nous vendre la recapitalisation des banques pour des nationalisations.

    Nous, nous voulons une vraie reprise de contrôle public de la monnaie et du crédit.

    La première mesure, c'est transformer la BCE pour une véritable révolution monétaire et libérer les peuples de l'emprise des marchés financiers. La BCE doit pouvoir acheter directement aux États des titres de dettes publiques et utiliser son pouvoir de création monétaire pour abonder un Fonds européen  de développement social, écologique et solidaire.

    Voilà qui est bien plus ambitieux que des euro-obligations qui selon le président de la Commission européenne doivent être des « obligations de stabilité » pour « récompenser ceux qui appliquent les règles et dissuader les autres de s'en écarter ».

    La deuxième mesure, c'est la création d'un pôle bancaire et financier public qui transforme la politique et les critères du crédit au service des besoin humains, qui réprime la spéculation.

    Il faut mettre un terme au vol des richesses créées par les Européens en créant un réseau de banques publiques chargées de placer le crédit et l'épargne au service de l'emploi, de la formation, de la croissance réelle et de la préservation de l'environnement.

    Quand nous proposons que les citoyens, que les élus, que les usagers entrent à la direction des banques à l’échelle régionale, nationale et européenne, nous ne proposons pas simplement une meilleure gestion sociale, un meilleur partage de l’argent et des fruits du travail, nous proposons avec le Front de gauche, une révolution dans l’ordre économique qui permette d’organiser le travail et la production en fonction d’un nouveau développement qui assure la survie et le développement de l’espèce humaine et de son environnement.

    Quand nous proposons de relocaliser des pans entiers de l’activité industrielle, nous défendons les ouvriers de notre pays et de l’Europe, certes, mais nous défendons dans le même temps toute l’humanité car produire dans dix pays différents les pièces détachées d’un même bien, avec le coût de la pollution, c’est un crime contre les générations futures.

    Nous appelons à l'insurrection démocratique. Dans chacun de nos pays, refusons les coups de forces !

    À tous les indignés, à tous les révoltés, à toutes celles et tous ceux qui dans nos pays se dressent contre l'injustice, l'autoritarisme, à toutes celles et tous ceux qui n'en peuvent plus d'être esclaves de l'argent-roi, du profit à tout prix,

    À tous les travailleurs qui se battent pour leur emploi, pour sauver leur entreprise, pour donner à leurs enfants la vie qu'ils méritent,

    À toutes les forces politiques, syndicales et associatives européennes, de Bruxelles, Londres à Varsovie, d'Athènes à Madrid, de Dublin à Budapest, à toutes et tous,

    Depuis la France, celle qui a dit NON au Traité de Lisbonne, nous lançons un appel à constituer un front commun pour sortir l'Europe de la crise et l'engager dans la voie de la libération de ses peuples !

    À la Fête de l'Humanité, nous avons lancé le programme du Front de gauche, L'Humain d'abord, pour les échéances de 2012 ; nous le soumettons à la confrontation publique et à la co-élaboration citoyenne et populaire.

    Déjà 150 000 exemplaires de ce programme circulent dans le pays; des milliers de nos concitoyens s'en saisissent, participent aux assemblées citoyennes du Front de gauche pour dire les réformes qu'ils exigent d'une majorité de changement. Voilà le débat politique véritable que nous voulons amplifier.

    On nous dit: « mais il y a les  primaires socialistes », encore ce matin on me demande si je vais voter dimanche et qui est mon champion.

    Mais les primaires socialistes ont-elles abordé au fond ce problème de l'Europe ? L'ont-elles tranché, réglé ? Non, le débat est devant nous, une fois encore, et avec notre peuple.

    Mon champion c'est le mouvement populaire, ce sont les travailleurs, les ouvriers, les cadres, employés et agriculteurs, les précaires, les jeunes et les femmes qui décident d'investir le débat politique pour que leur vie change, qui s'unissent contre la dictature des marchés financiers.

    Avec mes camarades et amis du PGE, nous avons la même ambition pour l'Europe et nous mènerons ce combat.

    Amis, camarades, il est temps pour nous de déployer avec confiance et fierté notre conscience européenne.

     

     

    Tous celles et ceux qui aujourd'hui se lèvent, s'unissent contre la domination des marchés financiers sont du mouvement qui inventera une nouvelle solidarité européenne et qui fera échouer le repli nationaliste et xénophobe.

    L’internationalisme est notre drapeau. Contre l'austérité, contre les marchés financiers, Européens de tous les pays, unissons-nous, l'avenir nous appartient !

     

    Je vous remercie.


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