• Front national. Histoire chaotique d’un « caméléon » politique


    14961.jpg

    Constitué dans la perspective des législatives de 1973 par Ordre nouveau1, le « Front national pour l’unité française », qui se choisit Jean-Marie Le Pen pour porte-parole, entend dès sa création incarner la « droite nationale, sociale et populaire ». Regroupant la quasi-totalité du spectre nationaliste, ce front subit d’entrée de jeu un échec électoral qui débouche sur la création de deux partis, le Parti des forces nouvelle (PFN) et le Front national (FN). Si le PFN2 mise sur un rapprochement avec la droite classique, le FN joue pour sa part la carte de l’indépendance. Cette stratégie finit par payer : en 1983, Jean-Pierre Stirbois, secrétaire général du FN, est élu au conseil municipal de Dreux. Exit le PFN. Le Front est désormais hégémonique à l’extrême droite.
    Jean-Marie Le Pen parvient alors à réaliser le « compromis nationaliste » cher à Charles Maurras : outre des figures « pittoresques » tel Victor Barthélemy (ex-PPF3 et LVF4) ou Pierre Sergent (ex-dirigeant de l’OAS), les catholiques traditionalistes de Bernard Antony côtoient les antichrétiens de la Nouvelle droite (Pierre Vial).

    Les solidaristes partisans d’une « troisième voie » entre capitalisme et communisme (Jean-Pierre Stirbois) militent dans la même organisation que des ultras libéraux (Bruno Mégret). Les néofascistes de la Fane5 et des négationnistes (dont François Duprat) viennent également structurer le parti auprès de monarchistes. Malgré les tiraillements internes, l’équilibre de ce patchwork est maintenu au cours des quinze années suivantes autour de son président, élu à chaque congrès par acclamation.
    Le FN s’impose peu à peu. En 1984, il envoie dix élus au Parlement européen (onze en 1994). En 1986, ils sont 35 à faire leur entrée à l’Assemblée nationale. En 1995, Le Pen obtient 15 % à l’élection présidentielle et le FN rafle quatre mairies du sud de la France.

    Au fil du temps, un programme opportuniste et toujours raciste
    Pourfendeur autoproclamé de la « Bande des quatre » (PCF, PS, UDF et RPR) puis de « l’UMPS », Le Pen se présente comme le candidat « hors-système ». Depuis 40 ans, son programme met en avant la préférence nationale, habillage juridique du slogan « Français d’abord ». Il condamne l’avortement mais plaide pour le rétablissement de la peine de mort, dénonce les syndicats au profit du corporatisme – il tente vainement d’en créer dans les années 19906... Cette opiniâtreté tranche cependant avec son inconstance économique : défenseur des commerçants et agriculteurs dans les années 1970, il est le chantre de l’ultra-libéralisme dans les années 19807 avant d’effectuer un tournant social dans les années 1990. Surfant sur la crise, il fustige désormais le mondialisme et n’hésite plus à citer Maurice Thorez !
    Cette versatilité programmatique mais également les envolées révisionnistes du leader ont un coût : en 1998, Bruno Mégret, suivi par la moitié des cadres du parti, quitte le FN et fonde le FN-MN puis le Mouvement national républicain. Le MNR cherche comme l’avait fait 25 ans auparavant le PFN à se rapprocher de la droite classique au-delà de simples accords techniques électoraux. Cette stratégie tourne au désastre et le 21 avril 2002, le FN se maintient au second tour de la présidentielle avec 17 % des voix. Les 10, 44 % obtenus à la présidentielle de 2007 suivis des 4, 3 % aux législatives font dire à beaucoup que le FN n’est plus ; en outre, exclusions (Carl Lang...) et démissions (Jacques Bompard...) se poursuivent.
    Au-delà de ses succès électoraux, le FN est non seulement parvenu à s’imposer comme un acteur crédible au sein de l’échiquier politique mais il a également convaincu cet échiquier que l’immigration constituait bel et bien un « problème ». Cette insidieuse contamination se manifeste dans les propos de dirigeants socialistes dès la fin des années 1980 jusqu’à la mise en exergue de l’identité nationale par Nicolas Sarkozy, candidat en 2007 d’une UMP déclarant ouvertement s’inspirer des thèses du FN pour en capter l’électorat.
    Remis en selle lors des régionales de mars 2010 (11, 42 %), notamment par le truchement d’un discours pseudo-social, le FN voit aujourd’hui deux stratégies s’affronter en son sein : Bruno Gollnisch entend réconcilier l’ensemble de l’extrême droite quand Marine Le Pen joue la carte de la modernité...


                                                                                        Raoul Guerra

    1. Organisation qui voit le jour en 1970 sur les cendres d’une autre organisation d’extrême droite, Occident.
    2. Le PFN comptera notamment dans ses rangs Alain Robert, Anne Méaux mais aussi Hervé Novelli, Roland Helie et Robert Spieler.
    3. Parti populaire français (1936-1945), parti collaborationniste fondé par Jacques Doriot.
    4. Légion des volontaires français contre le bolchevisme.
    5. Fédération d’action nationale et européenne.
    6. En 1995, le FN opère un tournant social qui l’amène à essayer « d’infiltrer » les syndicats ou à en créer : FN police, FN pénitentiaire, Force nationale-transport en commun à la RATP...
    7. Le Pen se présente alors comme « le Reagan français ».

    Partager cet article :

    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :