• Jean-Luc Mélenchon candidat à Hénin-Beaumont

     

    Mélenchon, candidat aux législatives : Hénin-Beaumont, « le meilleur endroit de France pour qu'un homme comme moi soit candidat » (VIDEO)

    C'est officiel, Jean-Luc Mélenchon sera candidat dans la 11eme circonscription du Pas-de-Calais. PHOTO ARCHIVES CHRISTOPHE LEFEBVRE C'est officiel, Jean-Luc Mélenchon sera candidat dans la 11ème circonscription du Pas-de-Calais. PHOTO ARCHIVES CHRISTOPHE LEFEBVRE
     

    |  INTERVIEW  |

    Ce matin à Hénin-Beaumont, lors d'une interview à La Voix du Nord, Jean-Luc Mélenchon a officialisé sa candidature dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais : « C'est le meilleur endroit de France pour qu'un homme comme moi soit candidat. »

     

    Jean-Luc Mélenchon, le président du Front de gauche vient ainsi défier sur ses terres la présidente du Front national, Marine Le Pen. Il devra aussi composer avec le candidat socialiste Philippe Kemel. Alors que mardi, une candidature inédite MoDem - UMP devrait être officialisée.

    - Pourquoi vous présentez-vous dans la 11ème circonscription ?

    « Parce que c'est le meilleur endroit de France pour qu'un homme comme moi soit candidat. Il s'y trouve absolument tout ce qui fait ma raison d'être en politique : une terre dévastée par le libéralisme, où les gens sont obligés de se poser la question du futur. Qu'est-ce qu'on va devenir ? De quel côté on va sortir de cette situation ? Un homme comme moi y trouve une culture collective hors du commun, c'est ici pratiquement qu'est né le mouvement ouvrier français avec ses flamboyances, ses visions d'avenir, ses rêves les plus fous. Ça c'est un point d'appui extraordinaire. »

    - Cette terre est frappée par la « délinquance » de la classe politique locale : les affaires du PS 62, Dalongeville et le fiasco d'Hénin-Beaumont

    « J'en suis parfaitement conscient. La décomposition du premier parti de la gauche est une des causes essentielles de la floraison du Front national. Jamais il n'aurait pu prendre pied dans une région avec des traditions aussi fortes liées au mouvement ouvrier s'il n'y avait pas eu le spectacle consternant que le premier parti de gauche a donné. Donc, clairement, nous nous présentons comme une relève. Je dis aux socialistes, militants et électeurs : les amis, continuez comme ça et tout va y passer. Ces disputes mettent en danger non seulement la gauche, mais ouvrent une avenue à Mme Le Pen. »

    - Votre présence donne à cette élection une dimension nationale...

    « Qu'on ne vienne pas me dire que c'est une affaire locale, si c'est elle ou moi qui suis élu, ça changera beaucoup de choses au niveau national, tout le monde le sait. Il ne faut pas réduire la signification politique de ce qui est en jeu dans cette élection. La voix des électeurs va être entendue très fort. »

    - Le Parti socialiste doit-il s'effacer devant vous ?

    « Ils font ce qu'ils veulent. Je ne parle pas de la structure Parti socialiste. Je sais comment ça se passe, surtout dans le Pas-de-Calais, les votes sont truqués en interne. Ils ne sont pas concernés par la décision, comme je ne suis pas concerné par la leur. Ceux à qui je m'adresse : c'est à ces milliers de gens qui sont de la même pâte que moi. C'est pas ça le progressisme, le socialisme. À ceux-là, je dis, venez me donner un coup de main, parce que la marche est haute pour moi. »

    - Avez vous l'ambition de vous enraciner localement ?

    « D'abord nous allons faire de l'éducation populaire de masse. Un député n'est pas un super maire, un député s'occupe des affaires de la nation. Si je suis élu, on dira Mélenchon du Pas-de-Calais. »

    - Y a t-il un risque que la surmédiatisation ne soit prise comme un signe de défiance vis-à-vis de la population ?

    « Au contraire, les électeurs sont les protagonistes d'une bataille nationale, voire internationale : tout le monde regarde ce qu'on est en train de faire, là. On est au XXIème siècle, ce n'est pas parce qu'on est dans le Pas-de-Calais que les gens n'ont pas de tête. Les médias vont venir avec micros et caméras : il faut que les gens en profitent pour parler de leur vie. Qu'ils expliquent : "là, on n'a plus d'école" ; "le patron voyou s'est tiré avec tous les sous... " C'est la fonction médiatique qui contribue à la formation de l'esprit public. Les médias vont être là, je dis "allez-y les gens, racontez votre vie". »

    - Le duel Mélenchon - Marine Le Pen ?

    « C'est un choix qui dépasse la circonscription. Dans toute l'Europe, l'extrême droite est en progrès. Regardez ce qui se passe en Grèce. »

    - Marine Le Pen vous reproche de faire une fixation sur elle ?

    « Ce n'est pas moi qui fais une fixation. C'est la vie qui fait ça. On a l'air de faire comme si le Front national était juste un problème moral. Mais non, c'est un problème social. Il sert à enfumer, à détourner la question sociale pour qu'on parle d'autre chose. »

    - Vous allez la croiser les yeux dans les yeux sur les marchés...

    « Moi je suis un type tranquille. Je ne mène pas une guerre personnelle à cette femme. Je souhaite que cette élection soit un débat, pas une bataille de chiens. Je propose à Mme Le Pen, quand elle veut, où elle veut, qu'on ait des débats publics pour que nos concitoyens décident. Si je gagne, elle s'inclinera. Et si elle gagne, je m'inclinerai, parce qu'en démocratie, le plus dur, ce n'est pas de gagner mais de perdre. »

    - Malheur aux vaincus ?

    « Non, je n'ai jamais cru à ça. En démocratie, le peuple est souverain. Et on s'incline devant sa décision, pour autant on ne change pas ses convictions. »

    - Ici, Marine Le Pen, c'est « Marine », est-ce que vous ce sera « Jean-Luc » ?

    « On va voir, souvent les gens m'appellent par mon prénom, je ne sais pas pourquoi. Enfin, je ne cours pas après ça. Je ne suis pas gêné qu'on m'appelle par mon prénom, mais il faut aussi qu'on y mette un peu de gravité, la République c'est beau. Je crois à ça, aux rites... »

    - Le FN vous reproche d'avoir un électorat constitué de « bobos », qui ne correspond pas aux origines ouvrières de la population locale. Que répondez-vous ?

    « Est-ce que le FN sait de quoi il parle ? Il est prié de remballer ses injures sur la population urbaine qu'il appelle "bobos". Ce sont des gens qui ont une qualification professionnelle, doucement avec ça ! Deuxièmement, il n'y a qu'à regarder la carte, c'est bien ça qui les empêche de dormir. Jusqu'à présent, ils se figuraient qu'ils allaient se balader tranquillement, avec les socialistes dans leur château féodal qui regardaient ça de très loin. Ils avaient tous décidé d'abandonner le peuple... Comme la vie était belle, jusque-là le peuple pour Mme Le Pen, les bons bourgeois qui trouvaient ça très bien : là, la situation s'est renversée. D'abord, nous l'avons pliée dans la moitié des villes de plus de 150 000 habitants. Deuxièmement, dans toutes les zones ouvrières, le vote Front de gauche a fait un bond en avant. J'aimerais savoir si elle pense que c'est des "bobos" qui ont voté pour nous à 14,9 % (au premier tour de la présidentielle dans la 11ème circonscription) ? Comme d'habitude, cette femme essaie de s'attribuer ce qu'elle n'aura jamais : la représentation du peuple ouvrier qui ici a inventé le socialisme. Elle devrait plutôt avoir de l'eczéma d'être ici. »

    CHRISTOPHE LE COUTEUX ET PASCAL WALLART


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