• Jean-Luc Mélenchon cet inconnu

     Mélenchon : manif pour la défense des retraites 2010

    Cher Salamanca, je réponds à votre article sur Mélenchon en toute sympathie, parce que même si votre texte est plein d'inexactitudes, vous avez pris la peine de l'illustrer avec une photographie, où pour une fois, on ne voit pas un Mélenchon grimaçant.

    Ce n'est pas que les photos le montrant détendu soient rares, c'est qu'en général, la presse de gauche comme de droite, préfère utiliser celles où il n'est pas à son avantage. Allez savoir pourquoi...

    Les journaux de gauche font la même chose avec le Président. Leurs articles sont toujours illustrés avec les photos d'un Sarkozy agressif ou ridicule.


    Donc votre photo montre bien une réalité : Mélenchon se présidentialise.

    Mais avant de se présidentialiser, quel a été son parcours médiatique ?

    Il a fallu tout d'abord devenir un bon client pour que les journalistes et les animateurs vous invitent. Ses coups de gueule lui ont permis d'accéder aux émissions de télévision et de radio.

    Les spécialistes du marketing électoral disent qu'un candidat doit d'abord convaincre son camp et marquer sa différence avec les autres candidats. C'est ce qu'a fait Mélenchon depuis un an et demi qu'il a investi les médias.

    Il y a tenu des discours tranchés, très à gauche. Critiquant vertement le PS autant que l'UMP ou le FN.

    N'oubliez pas qu'il devait convaincre les communistes de le choisir comme candidat.

    Aujourd'hui sa position est différente. Il est le candidat officiel du Front de Gauche. Il ne s'adresse plus seulement à son électorat naturel, la gauche du PS, mais à tous les Français. Même ceux qui ne lui sont pas acquis. Pour cela, il doit rassurer, rentrer dans la peau d'un Président. Faire ce que Sarkozy n'a jamais réussi à faire. Mélenchon, lui, y arrive très bien. Certains lui ont même trouvé des accents gaulliens lors de son discours du 29 juin, place Stalingrad.


    Avant de corriger les inexactitudes qui circulent sur l'Internet au sujet de Mélenchon, je donne tout de suite le lien vers ce qui fait consensus entre les partis du Front de Gauche.

     Ce n'est pas le programme définitif qui est encore en discussion et qui sera présenté à la fête de l'Huma le second week-end de septembre.

    Vous voyez que la VIème République, le protectionnisme européen, l'euro sont évoqués. Mélenchon en parle aussi beaucoup dans les médias.

    Maintenant attaquons les erreurs que l'on retrouve sur tous les forums et que, cher Salamanca, vous reprenez complaisamment dans votre texte. Texte dont je m'étonne qu'il ai pu passer en une.

    Disons-le clairement une fois pour toutes : Mélenchon n'entrera jamais dans un gouvernement socialiste. Il l'a dit et répété des dizaines de fois, à la télévision, à la radio, dans la presse, sur internet...

    Mélenchon veut battre le PS, comme lors du référendum de 2005 sur le TCE. Je pense comme vous que le PS après avoir perdu les trois dernières présidentielles, est bien parti pour en perdre une quatrième : l'affaire Guérini dans les Bouches-du Rhône, l'affaire DSK, Manuel Valls qui est plus sécuritaire que Sarkozy, Hollande qui est plus libéral que l'UMP, la guerre des primaires, des candidats sans charisme, tout cela et le reste fait que le PS risque de ne pas être au second tour en 2012. Les socialistes, comme en 2002, peuvent se tirer une balle dans le pied tout seuls et ensuite accuser la division de la gauche...

    Mais bien sûr, si par miracle le PS est qualifié, Mélenchon appellera à battre la droite. Il appellera même peut-être à battre le FN en cas de duel UMP / Le Pen, comme en 2002.

    Les partis de gauche ont toujours agi ainsi (sauf le POI). Même Arlette Laguiller et Besancenot ont appelé à voter Ségolène Royal à la dernière présidentielle. Même Besancenot a appelé à voter Chirac en 2002. Entre deux partis libéraux et capitalistes, PS et UMP, autant choisir celui qui n'est pas raciste et xénophobe. Inutile de rappeler la condamnation de Brice Hortefeux ni le ministère de l'identité nationale. Ni les Roms. Ni le Kärcher. Ni... bref...

    Par contre, les dirigeants du PC, eux, peuvent se laisser tenter par les sirènes du PS. Ils feraient là une énoOÔOorme bêtise. Le précédent de 1981 sous la présidence de Mitterrand est là pour nous le rappeler. Si ne serait-ce qu'un membre du Front de gauche se mettait au service d'un ou d'une Président(e) socialiste, ce serait la fin de ce mouvement et des partis qui le composent.

    Plus aucun Français de gauche (la vraie, celle qui a voté non en 2005) ne ferait confiance au Front de Gauche. Ils vivraient comme une trahison une alliance avec les partisans du oui de 2005, ceux qui votent les lois ultra-libérales au parlement européen main dans la main avec les verts, la droite et l'extrême droite (dont Bruno Gollnisch, Le Pen...), comme le traité transatlantique, par exemple. Les militants communistes, ceux du Parti de Gauche, de la Gauche Unitaire, tous les électeurs du Front de Gauche seraient encore une fois les cocus de la farce  à cause des dirigeants du PC mais nullement à cause du Parti de Gauche et de Mélenchon. Il est plutôt en froid avec le PS depuis son départ et ses attaques répétées contre DSK en particulier et les dirigeants socialistes en général.

    Je souhaite aussi revenir sur la vision erronée du parcours politique de Mélenchon.

    Certains ont quitté le PS durant les années 90, d'autres comme moi en 2000, Mélenchon en 2008. D'autres, comme Gérard Filoche, continuent le combat de l'intérieur. Filoche pense que seul le PS peut battre la droite. C'est pour cela qu'il ne quitte pas ce parti et espère le pousser à intégrer des mesures réellement de gauche. C'est pour les mêmes raisons que Mélenchon est resté si longtemps au PS. Le vote utile en quelque sorte. Mais Mélenchon a toujours été l'aile gauche du PS dont les motions ne réunissaient jamais plus de 20% lors des congrès.

    Voyant qu'il n'arrêterait pas la dérive centriste de ce parti, Mélenchon, comme d'autres avant lui, a préféré quitter le PS et se lancer dans l'aventure. Pour qu'une alternative crédible (pouvant être au second tour) représente enfin les valeurs de la gauche abandonnées par la social démocratie socialiste. Avec le PC, ils ont fondé le Front de Gauche.

    Au sujet de l'Europe, le parcours de Mélenchon est très différent de ce que l'on peut lire sur le net.

    Il a bien voté oui à Maastricht en 1992 et était pour l'euro. Pour le comprendre, il faut revenir en arrière. En 1981, la France devient socialiste et les attaques contre le franc démarrent dès le lendemain de l'élection de Mitterrand, avant le début du commencement de la moindre décision économique. Dès le lundi 11 mai, il faut fermer la bourse qui est en chute libre, les valises pleines de billets fuient vers la Suisse... Mitterrand pense (à raison) que toute seule, la France ne peut lutter face à la finance internationale qui attaque notre monnaie. Il décide donc de relancer le processus d'intégration européenne afin que tous les pays d'Europe soient solidaires les uns des autres. De fait, la PAC a protégé notre agriculture en la subventionnant (protectionnisme indirect), les pays en retard recevaient des subventions de l'Europe pour se développer etc. Pour que les pays ne se fassent plus concurrence en dévaluant leur monnaie, pour que la finance ne puisse plus attaquer le franc, Mitterrand a voulu l'euro, une monnaie forte qui, de fait, a peu baissé pendant la crise de 2008, par exemple. Alors qu'autrefois, les monnaies européennes étaient dévaluées et perdaient de leur valeur à chaque crise.

    C'est pour toutes ces raisons et bien d'autres qu'il serait trop long de développer ici (harmonisation des législations etc.), que Mitterrand et Mélenchon ont appelé à voter oui à Maastricht. C'est pour les mêmes raisons qu'il ne veut pas quitter l'Europe ni l'euro mais juste ne plus appliquer le traité de Lisbonne et changer de politique monétaire européenne.

    Car très vite, le projet européen est devenu de moins en moins protecteur. Pour avoir l'euro dont les Allemands ne voulaient pas, Mitterrand a dû accepter la libéralisation des capitaux que souhaitaient nos voisins germaniques. Il a dû accepter un taux de change pour l'euro qui était et est toujours favorable à l'Allemagne plus qu'à la France et a fortiori aux autres pays de la zone euro.

    C'est donc là-dessus que le Front de Gauche veut revenir : contrôler à nouveau les capitaux, faire de l'euro une monnaie au service de l'emploi et non de la rente.

    Mélenchon veut aussi pouvoir renationaliser l'énergie, l'eau etc. et redonner à la banque de France le droit de créer de la monnaie. Il n'appliquera donc plus le traité de Lisbonne qui interdit toutes ces mesures.

    Logiquement dès la fin des années 90 Mélenchon s'oppose à la construction européenne comme le prouve cet article de 1998 : Traité d'Amsterdam, la gauche du PS met les pieds dans l'Europe.

    En 1998 Mélenchon reçoit un blâme du Parti Socialiste pour avoir voté contre le passage à l'euro. En 2001 Mélenchon est contre le traité de Nice. Il appelle à voter non au TCE en 2005 et s'oppose au PS (dont il faisait encore partie à l'époque) et manque de se faire exclure. Il partira de lui-même en 2008.

     

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