• Jour de Cendres (blog de J-L Mélenchon)

    J’interromps la diffusion de la note précédente, qui ne sera restée que 48 heures, pour réagir ici à l’annonce du gouvernement sur les retraites. Je m’adresse à tous ceux qui hésitent : le 24 juin, tous dans la rue !

    Au nom de la dignité ! Pour montrer, et d’abord à soi-même, que nous ne sommes pas devenus un peuple d’animaux que ses maîtres tondent sans qu’il regimbe ! Par fidélité aux combats des anciens qui se sont crevé la peau pour ce droit. Et pour leur foutre la peur du siècle, aux autres, à ceux qui ont décidé de nous faire ça ! Il nous faut être plus nombreux que les gouttes d’eau dans la pluie le 24 juin. Que tout le monde jusqu’au bout de l’Europe nous entende crier ! On criera pour ceux qui peuvent pas, ou qui ne peuvent plus !

    Dans cette note je parle de ce plan gouvernemental pour vous donner une première batterie d’arguments. Puis je colle le post que j’ai écrit ce matin à Strasbourg et que j’avais prévu de passer demain. À propos du fric et de la finance vus du parlement européen et de la commission. Je parle aussi de notre programme contre eux, et des gesticulations de « l’Europe qui protège » sur le sujet dans l’hémicycle en ce moment.

     Jour de cendres. Bien sûr la bataille n’est pas finie. On va se taper. Le 24 juin c’est crucial. Mais quand même, ils ont osé ! Faut-il qu’ils se sentent forts ! Ne perdez pas de vue que c’est la première fois qu’on rembobine le fil d’une conquête sociale de cette ampleur dans ce pays. La retraite à soixante ans c’est plus qu’un acquis social. Davantage que des années de manifestations, pétitions, votes et cortèges syndicaux depuis 1910. C’était alors la première loi sur le sujet organisant une retraite à soixante-cinq ans. La victoire du passage à soixante ans ce fut en 1983, avec le programme commun de gouvernement de François Mitterrand et Georges Marchais! C’est une façon de vivre en société. C’est fini. Les libéraux ont décrété la fin des jours heureux. Nicolas Sarkozy l’a fait ! Pour rien ! Car rien ne sera réglé par cette réforme qui prétend tout arranger. Notez que Fillon, en 2003, aussi prétendait avoir tout réglé sur le sujet! Et d’abord on se demande d’où sort cette nouvelle date butoir : 2018 ! C’est nouveau ! Le débat s’organisait parfois sur la date invoquée par le Conseil d’orientation des retraites : 2050 ! Et d’autres fois c’était sur les annonces et références du gouvernement lui-même : « 2020 ou 2030 ». J’avais ironisé sur ce blog à propos de ces dix ans d’écart dans les prévisions. D’ailleurs le plan Fillon de 2003, avait été calculé pour 2020 ! Voila un  nouveau calendrier ! Il faut recommencer tous les comptes et comparaisons. Ça doit être étudié pour, je suppose. Car depuis le début la méthode de communication est très importante dans le déploiement du gouvernement! Des annonces à petite dose pour que les gens s’habituent, des effets de pipeau. Tout ça pour endormir. En tous cas une première évaluation montre que rien n’est vraiment réglé dans cette affaire. Sans le siphonage du fond de réserve des retraites créé par Jospin, les comptes ne seront pas à l’équilibre après 2018. Mais le système sera alors tellement mal en point tellement peu attractif que la capitalisation aura tout l’espace. Quelle erreur ce serait. Tenez : encore aujourd’hui la preuve est faite avec l’affaire de la marée noire ! J’espère que vous connaissez le rapport entre ces deux questions. Sinon le voici : 17 % des revenus des fonds de pensions anglais sont constitués par les dividendes de BP. Les retraités anglais vont trinquer à cause de vulgaires mouettes en Louisiane !

    Mais ce qui est certain c’est que ça va faire mal à ceux sur qui ça s’abat. L’injustice est totale. 90 % des efforts seront fournis par les travailleurs. Mais  le capital et les hauts revenus ne règleront que 10 % de la facture. C'est-à-dire  seulement 4 milliards d’euros sur les 42 milliards à faire cracher à l’horizon 2018. Pour se faire une idée sérieuse de ce que représentent ces quatre milliards «  d’efforts » il faut se souvenir que la droite au pouvoir depuis 2002 a déjà donné 30 milliards d’euros par an de baisses d’impôts aux plus riches ! L’injustice sociale est donc consacrée reine en France par le président Sarkozy! Faisons le bilan rapide. Pour avoir une retraite à taux plein  à 62 ans, il faudra avoir travaillé sans interruption depuis l’âge de 19 ans et demi ! Ceux qui n’auront pas le nombre de trimestres cotisés suffisant touchaient quand même leur retraite à taux plein à partir de 65 ans. Ce n’était déjà pas génial. Maintenant ce sera 67 ans !

    Quand aux mesures prises pour tenir compte de la pénibilité du travail c’est la honte totale. On se souvient que les syndicats acceptaient d’en discuter à condition que l’évaluation de cette fameuse pénibilité si particulière soit faite par métier c'est-à-dire collectivement. Le Medef ne voulait rien savoir. Il voulait une évaluation individuelle. Nous objections que cela revenait à constater les dégâts au lieu de les prévenir. Mais jamais nous n'aurions pensé que le gouvernement se moquerait du monde de cette façon ! Oui c’est bien en constatant les dégâts que cette pénibilité sera reconnue. Ces travailleurs qui pourront partir plus tôt seront en effet choisis « individuellement » parmi… les invalides et victimes d’accidents du travail ! Grand foutage de gueule. Et c’est à peine 10 000 salariés qui pourraient ainsi partir avant 62 ans ! Mais là encore tout est dans la manière de faire. Se moquer du monde comme ça c’est l’équivalent d’un coup sur la tête !

    Les fonctionnaires, eux vont se faire détrousser : ils vont cotiser « comme le privé ». Gros argument destiné à provoquer des jalousies et rivalités en montrant du doigt ceux qui se gobergeraient sur le dos des autres. Rappelons que les deux caisses de retraites n’ont rien à voir. L’augmentation des cotisations ne fait pas rentrer un sous de plus dans la caisse du privé. Ni dans celle du public non plus d’ailleurs. En fait il s’agit tout simplement d’une baisse de salaire. Les fonctionnaires coûteront moins chers à l’État d’un côté puisqu’on déduit leurs cotisations du salaire. Et de l’autre la diminution de leurs droits permettra de nouvelles économies encore, cette fois-ci sur les pensions à verser. Un rasoir à deux lames en quelques sortes. Après quoi on ose nous parler de l’augmentation de 1% sur le dernier taux de l'impôt sur le revenu qui s’applique à la dernière partie du revenu du haut salaire ! Ça ne fera en aucun cas une baisse de revenu de 3 % comme pour les fonctionnaires !

    Et par dessus le marché, il y a le non-dit de cet exercice comptable borné. Celui dont j’ai déjà traité ici. C'est-à-dire l’impact sur les autres comptes sociaux des mesures prises dans le compartiment des retraites. Dans le domaine de la vie en société et des mécanismes de solidarité tout se tient. Les autres comptes sociaux vont se dégrader brutalement à cause de cette réforme ! Cela à cause de l’allongement du chômage de très longue durée des seniors. Ils n’ont plus de travail dès cinquante-trois ans actuellement ! Qui va les prendre en charge pendant deux ans de plus ? Et puis il y aura aussi des dépenses maladies supplémentaires ! Mais oui, messieurs les bons esprits, la maladie aussi! Cela non seulement pour ceux qui ne travaillent plus et se rongent les sangs mais aussi pour ceux qui travaillent au-delà du raisonnable et s’épuisent plus vite !

    Mais pourquoi tout cela ? Puisque cela ne règle rien au plan comptable. Selon moi, c’est seulement un signe donné à la finance mondiale. Et il fallait que ce soit maintenant, juste avant l’été et ce fichu mois de juillet où arrivent à échéance 59 milliards d’euros de dettes qu’il va falloir refinancer. Et comme la madame Merkel a poignardé toute l’Europe avec son plan de super austérité, il faut suivre, quand on ne veut pas rompre avec le système ! Surtout que la même madame Merkel présente aussi sur le marché 30 milliards de dette allemande à refinancer à la même date. La compétition est donc réelle. C’est l’escalade des souffrances affichées. La finance gouverne, règne, domine tout. Les gouvernements sont comme des caniches aux ordres devant elle. Il faut résister. Mais pas qu’avec des mots en général. À notre tour, nous devons dire expressément comment nous allons retourner le rapport de force. Nous devons savoir quelles mesures précises nous allons leur appliquer, pour leur faire rendre gorge. C’est ce que nous avons fait au Parti de Gauche le 12 juin dernier.

    Donc les oreilles des financiers ce week-end ont dû vaguement siffler. Nous tenions notre forum « gouverner face aux banques ». Le texte adopté à cette occasion est essentiel pour nous. Vous le trouvez en version téléchargeable sur ce blog. Il s’agit de présenter nos principes, nos méthodes et nos mesures concrètes pour affronter la tyrannie des établissements financiers. C’était le bon moment. Notre intention est d’être très concrets. De faire preuve en quelque sorte de cette « radicalité pragmatique» dont nous voulons faire notre marque de fabrique. Mais pendant ce temps les grandes banques du monde se sont elles aussi exprimées. Elles l’ont fait par l’intermédiaire de l’Institut international de la finance qui regroupe les 400 plus grandes banques mondiales. Il est présidé par le patron de la Deutsche Bank. Bien sûr elles ont pleuré leurs vives réticences contre le durcissement de la réglementation bancaire à l’étude au sein du G20 et du comité de Bâle sur les normes bancaires. Vous voila prévenus. Le syndicat du crime financier est réuni. Il prétend ou menace que le projet de nouvelles normes bancaires, amputerait de 0,6 points la croissance des USA et de la zone euro. Les banques prétextent qu’en les obligeant à augmenter leurs réserves et à réduire les risques, ces normes freineront le financement de l’économie. Alors que ce sont les banques elles-mêmes qui freinent ce financement en orientant prioritairement leurs capitaux vers la spéculation plutôt que vers l’économie productive. Mais l’essentiel c’est le geste. Cette coalition pour annoncer la confrontation avec les États. Les financiers n’avaient pas trop de raisons de s’inquiéter.

    D’autant qu’ils avaient eu une pure joie en apprenant ce qui venait de se conclure à l’Assemblée nationale. Jeudi 10 juin on y a voté la loi bancaire bidon de  Christine Lagarde. Ils peuvent dormir tranquilles. La nouvelle « loi sur la régulation bancaire et financière » est un texte vide. Il se contente de créer des « autorités de régulation » comme seuls les libéraux ennemis de l’État « bureaucratique et inefficace » savent pourtant en créer. Mais surtout, lors du débat, le gouvernement a refusé toute mesure contraignante pour les banques. C’est madame Lagarde elle-même qui a refusé de plafonner les commissions prélevées par les banques sur les paiements par carte bleue auprès des commerçants. C’était pourtant un amendement UMP.

    C’est elle aussi qui a refusé d’interdire comme l’Allemagne les ventes à découvert et les ventes à terme. Ce sont des techniques qui permettent aux spéculateurs d’acheter des titres sans payer, et sans payer séance tenante. De cette façon ils peuvent spéculer sur l’évolution du cours dans le temps sur les titres de dette publique et les titres d’assurance qui s’y rapportent.

    Et voici la cerise sur le gâteau. Cette grande équipe qui prétendait « moraliser le capitalisme » a refusé de reconduire la taxe sur les bonus versés par les banques. Cette taxe annoncée à son de trompe il y a un an par Nicolas Sarkozy ne s’appliquera donc que sur les bonus 2009 ! Et son effet sera nul pour les banques. En effet, on doit savoir qu’elles ont obtenu, en contrepartie de cette pénible obligation, le report d’un an de leur cotisation au fonds de garantie des dépôts, pour un montant à peu près équivalent. Passez muscade !

    C’est un indice de ce qui se passe partout à propos de finance. C’est-à -dire qu’après les remuements et cris d’orfraie au début de la crise, on revient à l’habitude : tout faire pour protéger ces pauvres banquiers et leurs combines mortelles. La dernière livraison du « Monde Diplomatique montre comment cette protection est parfois directement monnayée au plus haut sommet de l’État. Mais évidemment il parle des États-Unis ! Car ce n’est pas chez nous que ça se passerait.

    A Strasbourg, on a aussi délibéré sur ce qu’il fallait faire avec les super produits toxiques de la finance que sont les « produits dérivés ». Ces « dérivés », tout le monde en a entendu parler maintenant. Vous savez ce que c’est. L’équivalent financier d’une maladie sexuellement transmissible. Pourtant « L’Europe qui protège » se préoccupe d’organiser leur avenir. Ici à Strasbourg, nous avons donc été régalés d’un rapport du député de droite Langen Werner. On se pince. Non ce n’est pas une mauvaise blague. D’ailleurs ce n’est pas une première. La Commission européenne s'est déjà prononcée sur les actions "en faveur de marchés de produits dérivés efficaces, sûrs et solides". Et pourquoi pas des voleurs aimables, sûrs et sérieux. Cette œuvre surréaliste s’est logée dans deux communications, en juillet et en octobre 2009. Elle a souligné que les produits dérivés sont "utiles à l'économie" puisqu'ils permettent à des agents qui ne sont pas prêts à assumer les risques de certaines activités économiques de les transférer vers d'autres agents économiques prêts à les accepter. Superbe définition euphémisée pour décrire le mode de transmission honteux des mistigris véreux de toutes sortes.

    J’explique. Voila comment ça marche. J’ai des reconnaissances de dette de Pierre Paul et Jacques. Trois nuls, plus ou moins fiables financièrement. Voici la cuisine du dérivé qui commence. Je prends un petit bout de la dette de chacun d’entre eux, je les mélange avec un autre bout de dette plus sexy et hop j’appelle le tout avec un nom exotique, genre « Speedy plus/plus » et je vous les vends. Je prends votre fric et vous vous avez sur les bras mes trois nazes. Peut-être que vous êtes une fine mouche. Vous saviez tout sur mes trois drôles mais ça vous semble quand même un placement valable. Soit vous ne le saviez pas parce que c’est trop compliqué à comprendre et que votre banquier vous dit que « Freddy plus/plus » c’est du bon de chez bon, et que vous le croyez sur parole. Voilà. Ca c’est le principe de base. Découper, mélanger, emballer. Après il y a mille façon d’appliquer cette idée. Jusqu'à la nausée ! C’est naturellement un système promis à mal tourner.

    Notre chère Commission Européenne elle-même a fini par s’en rendre compte.  Elle constate que les produits dérivés ont particulièrement contribué à la crise financière. Tiens sans blague ! Elle dit pudiquement que cette méthode a « créé des interdépendances de plus en plus fortes entre les acteurs du marché ». Wah ! C’est bien dit. Ça veut dire que tout le monde se retrouve avec des parts de mauvais payeurs dans son portefeuille d’actions. Et si un se casse la figure, tout dégringole dans des dizaines d’endroits à la fois. C'est-à-dire partout où les titres pourris ont été mélangés à d’autres dans des emballages qui les dissimulaient. Voilà pourquoi on dit qu’ils sont « toxiques »

    Le volume total de ces petites merveilles en circulation dans le monde n’est pas une petite chose, figurez-vous. Ces produits dérivés de « gré à gré », c'est-à-dire négociés directement entre les tripoteurs du marché et qui ne sont soumis à aucune règle, étaient, fin 2009 de 605 milliers de milliards de dollars selon la Banque des règlements internationaux. Je suis sûr que ce genre de chiffres ne signifie rien pour une écrasante majorité d’êtres humains qui ne peuvent même pas se représenter ce que cela veut dire. Et moi non plus ! La Commission dans sa communication estime qu'il est nécessaire de changer sa conception selon laquelle les instruments dérivés ne nécessitent qu'une réglementation légère. Tel quel ! Elle pense même qu’il faut une législation qui permette la transparence. Ouh ! la ! la ! Et même une législation qui permette aux marchés d'établir correctement le prix des risques. Chers marchés, on avait failli oublier de les encenser un peu au passage, voilà, c’est fait. Wee! Toutes sortes de dispositions ultratechniques sont donc prévues.

    Je ne vous les inflige pas. Ce n’est pas mon sujet ici. Je veux juste faire le point pour répondre à la question de savoir si tous ces beaux esprits savent qu’ils sont dans une crise majeure ou s’ils pensent que c’est juste un incident de parcours. Ici la lecture du texte est claire. Ils ne se rendent pas compte. Ils se contentent d’organiser la suite de la fête sans trop bousculer les habitudes. Déjà c’est une drôle d’imprévoyance d’imaginer qu'il peut encore exister des produits dérivés « non normalisés », c'est-à-dire négociés en toute opacité directement entre deux acteurs qui n’en parlent à personne alors même que de leur bonne santé dépend le sort de dizaines d’autres montages financiers. Que veut dire cette différence faite entre les produits dérivés pour les entreprises et ceux pour les banques? Ce n’est pas tout aussi toxique dans les deux cas ? Pourquoi n’y a-t-il pas d’interdiction pure et simple de certains produits spécialement spéculatifs bien connus. Je pense ici aux fameux contrats d’assurance sur les emprunts d’État qui sont revendus à des gens qui ne sont pas les prêteurs et qui n’ont donc comme intérêt que de voir couler le débiteur pour toucher l’assurance et réaliser un profit monstrueux. Pourquoi ne pas restreindre le champ d'intervention des produits dérivés, pour interdire notamment leur utilisation sur les obligations d'État ? Bref, pourquoi ne rien faire sur les sujets qui ont occupé l’actualité et dont on nous avait dit que dorénavant tout serait tenu à l’œil. Parce que tout ce que la finance compte d’agent d’influence s’est mobilisé pour faire barrage aux tentations de régulation avec lesquelles les bons esprits ont amusé la galerie ces derniers temps.

    Ici, je veux illustrer la clause « d’autorisation préalable » que nous avons retenue dans notre texte « gouverner face aux banques ». Voilà de quoi il s’agit. L’exemple de ces dérivés montre que la planète de la finance a toujours une main d’avance sur les États pour trouver de nouvelles combines. Le temps qu’on découvre les produits, le temps qu’on les réglemente, dix catastrophes ont eu lieu. Donc nous proposons de renverser le principe ordinaire qui est : "tout ce qui n’est pas expressément interdit est permis". En matière de finances ce serait, avec nous : "tout ce qui n’est pas expressément permis est interdit". Donc toute nouvelle trouvaille à mettre sur le marché serait soumise à autorisation préalable. Et qui posséderait des titres non autorisés après s’en être procuré ailleurs serait puni.

    Jean-Luc Mélenchon


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