• La bataille des retraites aura bien lieu

    Indigence pour des millions de retraités, ou perénnité de notre système fondé sur la solidarité intergénérationnelle, tel est l’enjeu.Il n’était pas besoin d’être grand clerc pour prévoir que le 1er Mai 2010 serait dominé par le bras de fer qui s’annonce sur les retraites entre le gouvernement et le monde du travail. Les manifestations dans toute la France ont clairement signifé l’inquétude qui taraude la socété, alors que les projets précis du gouvernement ne sont pas encore clairement exposés. Leur finalité est néanmoins connue : le report de l’âge donnant à une pension à taux plein, ce qui, chacun le déduit aisément, conduira à une détérioration générale des conditions de vie des retraités. Un grand nombre de salariés seront dans l’incapacité de quitter leur vie professionnelle en remplissant toutes les conditions exigées, autant d’obstacles à franchir dans un parcours du combattant jonché de points de décote.

    Ce climat chargé d’incertitudes, quand on en est encore à un semblant de concertation, explique pour une large part que la mobilisation populaire n’a pas encore atteint son apogée. Elle en est au contraire à ses débuts. Il est urgent que se développe le débat public autour des propositions alternatives à l’offensive du gouvernement, notamment sur l’élargissement des sources de financement. Il y sera question de civilisation, car les coups de bélier que la droite s’apprête à porter ébranleront la socété à ce niveau. Indigence pour des millions de retraités, épuisement de salarés trop âgés. Ou la pérennité de notre système de retraite fondé sur la solidarité intergénérationnelle et consolidé par une contribution plus forte du capital, tel est l’enjeu de la bataille qui va être livrée au cours de ces prochains mois, et dont le 1er Mai a tiré les premières salves.

    Manifestations « en demi-teinte » qui handicaperaient l’action des syndicats au moment où il faut frapper fort ? Certaines analyses publées ici ou là dans la presse semblent prendre les désirs d’Éric Woerth pour des réalités. Les défilés ont rassemblé un nombre de manifestants — 340 000 — supérieur à la moyenne des dernières années sans atteindre toutefois le record historique de 2009 acquis dans l’unité de toutes les organisations politiques. On ne saurait déclarer une bataille gagnée ou perdue d’avance parce que quelques commentateurs médiatiques ont arbitrairement prédéterminé les conditions de la défaite ou de la victoire.

    La gauche a donné de la visibilité à sa présence aux côtés des syndicats. Toutes ses composantes ont, chacune à sa manière, voulu transmettre le message qu’elle ne sera pas aux abonnés absents. C’est de bon augure, même si toutes les questions ne sont pas encore clarifées au Parti socialiste, au sein duquel des voix qui sont loin d’être marginales se prononcent pour le report de l’âge légal au-delà de 60 ans. Les formations du Front de gauche comptent sur le renversement de l’opinion et des citoyens pour ériger un rempart contre la croisade antiretraite solidaire.

    Ce n’est pas si fréquent de voir l’étendard hellénique à bandes bleues et blanches flotter au vent entre la République et la porte Saint-Martin. La résistance sociale du peuple grec résonne en écho. Du côté du Péloponnèse, l’allongement de l’âge de la retraite figure aussi sur l’agenda des fauteurs de crise du libéralisme, à côté de la suppression des congés payés, de la hausse de la TVA, des licenciements massifs. Rarement le 1er Mai n’a à ce point revêtu les couleurs d’une journée internationale de lutte et de solidarité des travailleurs.

    Jean-Paul Pérot


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