• La transition énergétique pour un développement humain durable

    N’est-il pas urgent de sortir l’énergie de la loi du marché et de la concurrence ?

    Par Gilles Pereyron, secrétaire de l’ONG Droit à l’Énergie SOS Futur.

    La France a lancé un grand débat national sur la transition énergétique, pour s’inscrire dans les enjeux mondiaux énergétiques et climatiques. Ce débat doit s’inscrire dans l’action souhaitée par Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies : répondre au droit pour tous à l’énergie. Au sommet mondial de l’énergie, en janvier 2013, Ban Ki-moon a exhorté les gouvernements, le secteur privé et la société civile à soutenir l’initiative Énergie durable pour tous. Son appel suit l’Année internationale de l’énergie durable pour tous.

    La demande mondiale d’énergie primaire augmentera de 33 % d’ici à 2035. Les énergies fossiles resteront dominantes à 75 % en 2035. Et, sans action politique majeure, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) s’attend à une hausse de 20 % des émissions de CO2 d’ici à 2035, qui conduira à une augmentation de la température de 3,5 °C. Seul un mix des énergies permettra de préserver ressources et environnement, tout en répondant à la demande.

    Le charbon, qui émet le plus de gaz à effet de serre (GES), talonnera le pétrole comme première source d’énergie mondiale dans cinq ans et devrait le dépasser d’ici dix ans, estime l’AIE. L’Inde et surtout la Chine expliquent en grande partie ce phénomène, mais l’Europe peine selon l’AIE à se priver de charbon. C’est le cas de l’Allemagne, son programme Sortir du nucléaire prévoit 30 nouvelles centrales à charbon. L’Allemagne émet actuellement 600 g CO2/KWh, 9,1 tonnes de CO2 par habitant, plus de 367 millions de tonnes de CO2 pour sa production d’électricité.

    L’énergie, source d’inégalité ! Pour un monde de 7 milliards d’humains, 10 milliards demain. Un tiers des habitants de la planète n’ont pas du tout accès aux sources d’énergie modernes, 80 % de la population mondiale ne consomme que 20 % de l’énergie totale. La question posée à l’humanité est celle de la fourniture d’énergie à cette population. Deux milliards d’humains n’ont pas accès à l’énergie. 65 % des habitants de la planète ayant accès à l’électricité ne disposent que de 180 W. Dans 29 États africains, plus de 50 % de la population n’a pas accès à l’électricité, dans 16 États, c’est plus de 75 %. Et que dire des 6 États où seulement 10 % de la population a accès à l’électricité. L’électricité en Afrique est assurée pour 46 % par des centrales à fioul. Le taux d’électrification du continent est de 40 %, en baisse depuis 2001.

    Pour ne pas dépasser 2 °C d’augmentation, selon l’AIE, il faudrait émettre 1,7 tonne de CO2 par habitant. La France, un des meilleurs élèves de l’UE, émet 5,6 tonnes de CO2 par habitant. La combustion d’énergie constitue la source principale d’émission de GES : 80 % en Europe, 71 % en France. Dans l’UE, le secteur le plus émetteur est la production d’électricité, 26 %, suivi des transports, 20 %. En France, le secteur le plus émetteur de GES est le transport, 25 %, tandis que celui de la production d’électricité est peu émetteur, 9 %, en raison du mix nucléaire et hydraulique. La consommation énergétique finale en France 2011 se repartit ainsi : 46 % de produit pétrolier, 20 % de gaz, 3 % de charbon ; 9 % d’énergies renouvelables, 22 % d’électricité (18 % de nucléaire).

    Le président de la République a fixé le cap d’évolution de la part du nucléaire dans la production d’électricité dans notre pays de 75 % à 50 % en 2025. La centrale de Fessenheim sera fermée fin 2016. Le cadre est clair, la transition énergétique en France concerne l’électricité et le nucléaire, qui correspond à 18 % de la consommation finale d’énergie et à 9 % des émissions de CO2, soit 26 millions de tonnes. Dans ce débat, on n’aborde même pas la place de l’hydroélectricité, la CGT en Savoie porte deux projets : la création de 2 Step (système transfert énergie pompage), pour une puissance installée de 5 000 MW (3 à 4 EPR).

    Nous ne pouvons que nous étonner de la limitation volontaire du débat sur la transition énergétique. Le choix d’oublier les énergies fossiles émettrices de CO2 n’est pas neutre. Pour notre association, il faut un débat avec une vision globale bien plus large que la production et la consommation d’électricité. Les énergies fossiles représentent aujourd’hui 69 % de l’énergie finale consommée en France, les transports consomment près de la moitié de cette énergie, soit 44 %. Ils sont assurés à 92 % par du pétrole. Les questions des transports constituent un enjeu majeur, ils sont le premier responsable de la croissance des émissions de gaz à effet de serre. 42 000 décès prématurés seraient imputés à la pollution atmosphérique. Le diesel devient une question de santé publique.

    La politique de report modal, la situation du fret ferroviaire, le dogme anti-service public sacrifié sur l’autel de la rentabilité illustrent cette contradiction. Ce dogme que l’on retrouve pour les énergies que sont l’eau, l’électricité et le gaz. Le transport reste le grand oublié de la transition énergétique, ce choix est tout sauf anodin, et il est très politique. Et, bien sûr, pas un mot sur la déréglementation et la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz, pas de bilan sur les quinze ans de casse du service public et de déréglementation. La loi du marché et de la financiarisation reste le dogme.

    Pour Droit à l’énergie SOS Futur, l’énergie n’est pas une marchandise comme une autre, son accès répond à des besoins vitaux. Il est urgent de sortir l’énergie de la loi du marché et de la concurrence. Les enjeux de transition énergétique, pour l’accès à énergie durable pour tous, mériteraient un autre débat que celui, actuel, que nous qualifions de politicien. Notre ONG le regrette, mais contribuera là où elle le peut à porter son analyse dans le débat.

     

    Pour plus d’informations : www.energiesosfutur.org

    Gilles Pereyron, dans l' Humanité


  • Commentaires

    1
    Lundi 29 Avril 2013 à 15:53

    Super article merci :) 

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