• Le système a d’incroyables talents

    L'émission télévisée « Le système a d’incroyables talents » est en train de clore son acte 1. Au prochain épisode, pour deux euros, médias et sondages vous invitent à choisir entre deux ex-premiers ministres qui ont tous deux excellé pour unir contre eux une grande partie du peuple en s’attaquant à notre système de retraites, au travers de grandes mobilisations dignes de celle contre la loi El Khomri : Juppé en novembre décembre 1995 et Fillon à l’automne 2010 après celle de 2003.

    Certes, on ne va pas pleurer l’élimination de Sarkozy. La sentence est irrévocable, bon débarras… Cette élimination révèle l’effet « dégagiste » qui traverse également l’électorat de droite encore plus que le règlement de comptes à OK Corral interne aux coulisses de LR. Cet effet vaut également pour Juppé, qui enregistre un score bien plus bas que tous les pronostics des sondages. L’électorat a donc rejeté également le candidat Juppé présenté en « modéré » par tous les médias, bien que proposant ni plus ni moins, entre autres, la retraite à 70 ans… Après l’avoir promis grand vainqueur depuis des mois, médias et instituts de sondage ont donc une fois de plus été dépassés par les dynamiques politiques à l’oeuvre, même si depuis une semaine ils avaient changé de cheval. Ils pourront néanmoins considérer que leur dernière prophétie auto-réalisatrice sur « Fillon qui monte » aura bien fonctionné, mais le résultat est nettement en dehors de toutes leurs fourchettes annoncées !

    Le haut score de Fillon signifie surtout que l’électorat de droite, libéral et conservateur, a voté pour celui qui lui semblait précisément le plus à droite et conservateur. Fillon a su incarner le débouché politique radical du plus grand mouvement social qu’a connu la droite avec la « Manif pour tous », en s’opposant frontalement au mariage pour tous, à la filiation et au droit à l’avortement et en incarnant ainsi la droite réactionnaire catholique traditionaliste. Qu’on se le dise, y compris pour cet électorat de droite, les prochaines élections ne se gagneront pas dans l’illusoire « centre », elles ne s’y gagnent jamais.
     

    Ne nous trompons pas, ce n’est pas le peuple qui a choisi son futur président comme les médias voudraient nous le faire croire, en voulant coûte que coûte importer le système des primaires à l’américaine avec le résultat que l’on connaît. C’est surtout près de 91% du peuple qui s’est trouvé spectateur du vote essentiellement d’un noyau de 4 millions d’électeurs de droite, plutôt âgés, des classes moyennes supérieures.

    Cette privatisation des médias depuis des mois au profit de la compétition entre les 7 affreux, aux programmes interchangeables, va enfin bientôt se clore. Mais déjà se préparent d’autres actes et scènes en parallèle, car le système a bien d’autres incroyables talents sous le coude… Bayrou restera-t-il en dehors de la course si Juppé est éliminé du concours ? L’appel des personnalités contre le « Hollande bashing » patauge avec à peine 4000 signataires, avec les pauvres arguments des collaborateurs qui n’ont pas encore fui les cabinets en cette fin de règne en « Hollandie », mais ils tentent d’alimenter le suspens « Hollande ira, ou n’ira pas ? ». Pendant ce temps une autre saynète s’installe : « Valls, candidat aux primaires du PS ou pas ? ». Les médias ont promu également un autre poulain : Macron. « L’innovant » VRP d’Uber qui propose, comme les autres, le retour aux tâcherons du 19e siècle… Mais que ce chouchou des médias se méfie, lui qui collectionne déjà plus de 71 unes des magazines, il pourrait bien comme Juppé se dégonfler aussi vite qu’il est apparu…

    Tous ces prétendants nous ressortent au final les mêmes vieilles recettes libérales : casse des retraites et de la sécu, surenchère sur la suppression de postes de fonctionnaires (avec la palme pour Fillon et ses 600 000 suppressions promises contre « seulement » 300 000 pour Juppé). Tous ont révélé leur grand mépris de l’urgence climatique pour n’avoir dit mot sur les enjeux écologiques, soutiennent le projet de l’aéroport de Notre Dame des Landes et les gaz de schiste. Quoi qu’il arrive, avec eux, les institutions de la vieille monarchie présidentielle qu’est la 5ème seront bien gardées, ainsi que les dogmes libéraux européens qui seront suivis à la lettre pour le bonheur de Merkel, de la Goldman Sachs et de ses technocrates.

    Quel business que ces primaires pour ces instituts de sondage et médias dominants. Quel rouleau compresseur pour imposer une seule idéologie dominante, libérale, sécuritaire et identitaire-compatible. Quel grand numéro de politique spectacle où les débats et les discours se succèdent dans une déconnexion totale de ce que vivent les gens au quotidien.

    Mais ne croyons pas que le scénario final escompté par les tenants de ce système, un duel droite/extrême droite, soit acquis. D’abord parce que dans tous les sondages, près de la moitié de l’électorat déclare soit qu’il n’ira pas voter, soit qu’il ne sait pas pour qui voter. Rien n’est joué, bien au contraire.

    Le dernier sondage publié par le Monde le 17 novembre, du seul institut qui avait d’ailleurs estimé Fillon en tête, sur une base cette fois plus solide de 16 000 citoyen-ne-s sondés, donne Jean Luc Mélenchon à 14%, dans tous les cas au-dessus des scores des autres candidats considérés comme « de gauche » par les sondeurs, et donc systématiquement en 3ème position. Pas fiable ? Alors gageons que comme dans les sondages de la primaire de droite le 3ème pourra bien finir premier !

    C’est aussi au regard de nos propres indicateurs que la candidature de Jean-Luc Mélenchon et la campagne de la France Insoumise continuent leur progression. La chaîne YouTube de notre candidat ne cesse d’augmenter son nombre d’abonnés, les vues des vidéos, du blog et du site explosent, faisant de nous-mêmes notre propre média comme nous le souhaitions. La progression continue également côté signatures et dons, et chaque meeting, réunion publique, initiative de caravanes insoumises rencontre de très beaux échos sur le terrain. Le dernier meeting de Chambéry a fait salle comble une fois de plus, avec plus 10 000 spectateurs en live simultanés !

    Le vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon apparaît de plus en plus largement comme le vote nécessaire et salutaire pouvant éviter un second tour FN/LR, parce qu’il s’attaque précisément à la racine des problèmes. Et la racine première à laquelle s’attaquer, c’est le carcan de l’Europe austéritaire. Ce fut précisément l’objet de la participation de Jean-Luc Mélenchon au 3ème Sommet internationaliste du Plan B à Copenhague, où se trouvaient aussi Eric Coquerel et Jeanne Chevalier pour le PG. Après celles de Madrid et Paris, initiée en août 2015 par le Parti de Gauche, cette édition du Sommet a permis le rassemblement de représentant-e-s de 21 pays au Parlement danois pour travailler sur des alternatives à partir de la rupture avec les traités actuels.

    Aucun programme répondant à l’intérêt général écologique, social et démocratique ne peut contourner la nécessité de faire sauter le verrou européen. Nous, nous assumons de le faire. La question européenne est incontournable et même centrale dans l’élection de 2017. Les 5 présidents de l’Union Européenne ont d’ailleurs annoncé qu’un nouveau traité serait mis en discussion alors même que la France et l’Allemagne auront leurs rendez-vous électoraux majeurs. Nous entendons faire du Plan B pour l’Europe ce que fut le Forum de Sao Paulo pour l’Amérique latine refusant les diktats du FMI : un acte fondateur réinventant un nouvel espace de coopération pour les peuples et par les peuples.

    Et comme Jean-Luc Mélenchon le déclarait dans son discours : « C’est dans cette salle que nous travaillons à former les 10 prochains gouvernements en Europe. Si demain je suis élu, je vous appellerai tous à la rescousse et je sais que vous viendrez. »

    Danielle Simonnet
    Co-coordinatrice politique du Parti de Gauche


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