• Les faux espoirs de l'alternance électorale, par A. Laguiller

    Si les élections régionales n'ont pas passionné les électeurs à en juger par l'importance des abstentions tant au premier qu'au second tour, leurs résultats excitent, en revanche, les états-majors politiques des grands partis. À droite comme à gauche, c'est déjà cap sur l'élection présidentielle de 2012, dans deux ans !À droite, le désaveu massif de Sarkozy suscite ou ressuscite des vocations. La majorité de droite qui se voyait, il y a peu encore, en rangs serrés derrière Sarkozy pour l'aider à conquérir un deuxième mandat présidentiel s'est brusquement fissurée.

    Villepin, qui a un compte à régler avec Sarkozy, a évidemment saisi l'occasion pour annoncer qu'il allait créer son parti. Pour quoi faire ? Il n'est pas difficile de deviner son intention de se présenter contre Sarkozy. Même s'il ne se fait pas élire, il peut espérer empêcher Sarkozy de l'être en attirant sur son nom assez d'électeurs de droite pour cela. Un autre ancien Premier ministre, Juppé, vient de se mettre sur les rangs en annonçant qu'il n'écarte pas l'hypothèse de sa candidature.

    Ces deux hommes, l'électorat populaire a de bonnes raisons de se souvenir d'eux. Juppé s'était illustré en voulant imposer le retardement du départ à la retraite pour les travailleurs des services publics. Quant à Villepin, il avait voulu imposer le CPE, c'est-à-dire une forme de contrat provisoire concernant les jeunes dont ceux-ci ne voulaient pas. Ces deux ex-Premiers ministres ont en commun d'avoir dû retirer leurs projets sous la pression de la rue et de la grève.

    Fillon, le Premier ministre en titre, n'est pas candidat mais les sondages montrent que l'électorat de droite n'est pas insensible à son charme. Il nie toute ambition présidentielle avec tant de véhémence que cela en devient louche.

    À gauche, c'est la même agitation. Le PS s'y voit déjà. Il espère visiblement que Sarkozy se déconsidère à un point tel qu'il suffira de miser tout sur l'anti-sarkozysme pour avoir une chance raisonnable de reconquérir la présidence. Mais au profit de qui ? C'est un des problèmes. Ils (et elles) sont plusieurs, les mains en bas du guidon et les yeux fixés sur l'horizon 2012. Et, comme les pistards en cyclisme, chacun surveille ses concurrents pour ne pas partir ni trop tôt ni trop tard.

    Pour la gauche comme pour la droite, c'est donc parti pour une nouvelle course électorale.

    Mais, pendant que les dignitaires politiques s'agitent, la crise continue, les attaques de la bourgeoisie contre les classes populaires, aussi. Et ce fait-là a infiniment plus d'importance pour l'avenir que toute l'agitation politicienne.

    Les licenciements continuent, le chômage s'aggrave. Le temps qu'un travailleur licencié passe à chercher du travail s'allonge et plus personne n'espère retrouver un emploi avec un salaire équivalent. Un nombre croissant de jeunes, au bas mot un quart de ceux qui sont en âge de travailler, ne trouvent pas d'emploi et ne peuvent survivre qu'avec l'aide des parents. Et le comble, c'est que la réforme de la retraite qui est en préparation obligera les travailleurs âgés à s'user de plus en plus longtemps pendant que leurs enfants continueront à « tenir les murs » dans les cités HLM.

    Alors, même si l'élection présidentielle pouvait changer quelque chose, attendre deux ans alors que la situation se dégrade, c'est aller dans le mur, la tête la première. Mais, en plus, l'élection présidentielle ne changera rien, pas plus que les législatives dans la foulée.

    Le chômage, la baisse du pouvoir d'achat ne sont pas du ressort des députés ou des ministres, ni même du président de la République, et dépendent complètement du grand patronat. Or, le grand patronat, la grande bourgeoisie, ceux qui possèdent les capitaux et les entreprises, savent qu'ils ne peuvent maintenir leurs profits élevés qu'en gelant les salaires, en faisant faire plus de travail par moins de travailleurs et en licenciant les autres. C'est-à-dire en écrasant encore plus les conditions d'existence des travailleurs.

    Ils ne se gêneront pas pour le faire, sauf s'ils se heurtent à une résistance du monde du travail telle que leurs profits soient menacés et qu'ils craignent même pour la propriété de leurs capitaux et de leurs entreprises.

    Nous ne pouvons pas espérer que le changement vienne d'une élection. C'est un spectacle que la bourgeoisie tolère pour amuser la galerie et pour faire naître de faux espoirs. À nous de ne pas marcher au pas cadencé des alternances électorales !

    Arlette LAGUILLER

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