• Loué soit Mélenchon

    « War Room », la campagne présidentielle – Quelques jours plus tôt, elle chantait encore « Paroles, paroles », de Dalida. Et là, soudainement, elle s’est murée dans une protestation muette.
    Par Christian Salmon, pour le magasine M

    Marine Le Pen a refusé de répondre aux questions de Jean-Luc Mélenchon sur France 2, jeudi 23 février. Celui-ci eut beau la questionner sur tous les tons. Peine perdue. Elle s’enferma dans un mutisme obstiné. Le nez plongé dans son journal, elle inaugura devant les caméras une nouvelle forme de protestation politique : le buzz du mutisme. Une situation inédite à la télévision. Un débatteur qui ne débat pas. Du jamais-vu. On entend déjà les protestations des producteurs du spectacle politique. Caprice de star ! Certains vont invoquer la défense des usagers pris en otage, d’autres exigeront un service minimum dans les débats publics. L’incident ne mériterait pas qu’on s’y attarde s’il ne rendait visible une vérité qui n’est pas toujours aussi accessible. Dans les campagnes performatives modernes, il s’agit moins de débattre que de capter l’attention. On fait campagne en cercle restreint, avec quelques arguments, une cellule riposte, un agenda médiatique. Et c’est à peu près tout. Pourquoi s’encombrer de citoyens, quand il s’agit de confier le pouvoir à des experts pilotés par des spin doctors ? Ainsi la vie démocratique régresse vers toujours plus de gestion autoritaire et de spectacle. Le Front national n’en est pas exempt : à l’abri de sa non-participation aux gouvernements de droite, il inspire depuis trente ans une entreprise de retournement de l’idéal républicain : en criminalisant l’immigration, en bâtissant des murs aux frontières, en encadrant la liberté d’expression, en surcodant l’identité et la citoyenneté par la religion.

    L’AFFRONTEMENT ENTRE MARINE LE PEN ET JEAN-LUC MÉLENCHON a donc valeur de symbole. Car M. Mélenchon, lui, à la différence de Mme Le Pen, madone médiatique, fruit d’un croisement -hasardeux entre Jeanne d’Arc et Sarah Palin, fait de la politique à l’ancienne, celle qui, depuis les Grecs, fait naître la « res publica » de l’esprit de révolte et qui renaît en cette année 2012 sur les places publiques d’Athènes et se propage de Tunis au Caire, de Madrid à Wall Street. La politique considérée non pas comme une série télévisée, mais comme un moment d’intense discussion. Car, on l’avait oublié, il n’y pas d’autre forme à la démocratie que l’attroupement spontané d’une foule en colère. C’est elle qui donne naissance au premier forum. C’est elle qui inaugure la grande dispute citoyenne qui fonde la démocratie. C’est le grand mérite de la campagne de M. Mélenchon que de renouer avec ces sources de la démocratie. Elle opère un triple déplacement du débat public. De la scène du souverain et de ses rivaux vers la scène du forum, de la place publique. Elle milite pour un changement social mais aussi pour un changement de perception. Elle rend contagieux un certain état d’esprit. Le renversement ironique du haut et du bas. L’esprit du carnavalesque qui préside aux périodes de grand bouleversement.

    Loin des « éléments de langage » qui sclérosent la parole politique, M. Mélenchon emploie une langue qui se souvient de Rabelais, de Villon, mais aussi de Brassens.
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