• Mélenchon en campagne: deux lieux, un discours

     
     

    Deux étapes pour la journée de campagne de Jean-Luc Mélenchon vendredi. Le candidat du Front de Gauche est venu participer au forum Libération en fin d'après-midi. Mais avant cela, il est passé par la Villeneuve, un quartier grenoblois réputé difficile qui a fait la une des journaux en juillet 2010. Un braquage qui tourne mal, un des braqueurs – habitant du quartier- abattu par la police, et trois jours d’émeute. A l'arrivée, un discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy, resté dans les mémoires sous le nom de « discours de Grenoble ».

     

    C'est pour « laver l'affront qui a été fait à ce quartier » que Jean-Luc Mélenchon s'y est rendu. Pour faire campagne aussi. Déambulation dans les ruelles, serrages de main, réunion publique :  le parcours classique d'un candidat marqué à gauche dans un quartier populaire.

    La petite salle municipale qui abrite la rencontre avec les habitants est bondée. Jean-Luc Mélenchon est chez lui. Banderoles, militants, affiches... Tout est floqué Front de Gauche. Le discours est didactique, on reconnaît derrière le candidat l'ancien professeur de lettres soucieux de partager son savoir.

    Quand viennent les questions de la salle, un sujet s'impose vite : l'éducation. Les voisins du « Collectif Lycée Mounier » ont fait le déplacement. Depuis des mois, ils se battent contre le rectorat pour conserver leur établissement, dont les locaux vétustes sont considérés comme trop dangereux. « Je les aime bien, ce sont des têtes dures. Ils ont réussi à maintenir leur lycée » flatte Jean-Luc Mélenchon. Avant de partir sur une grande éloge aux formations professionnelles : « je suis partisan de la culture technique et professionnelle dans l'éducation ». Il veut faire reconnaître la noblesse du travail manuel : « ceux qui font des CAP Chaudronnerie, ils ne font pas des chaudrons ! Ils font des carlingues d'avion ! Et je peux vous assurer que c'est un métier de précision ! Au micron près ! »

    Pour préserver une éducation de qualité, les 60.000 emplois supplémentaires dans l’Éducation Nationale proposés par François Hollande ne suffisent pas : « C'est consternant. Parce que Monsieur Sarkozy en a supprimé 80 000. Si on en rétabli 60 000, il en manque toujours 20 000 ! C'est une erreur terrible et je pense que François Hollande va revenir dessus .» Il clôt son intervention en exhortant la salle à ne pas « jeter des pierres » sur l'éducation nationale. « C'est ce qu'ils attendent de vous ! » . A chacun de deviner qui se cache derrière ce « ils ».

    Trop rapide le passage dans cette petite salle municipale ? Quelques habitants sont en tout cas frustrés de ne pas avoir pu aborder les problématiques locales. Certains manifestent même violemment leur déception. La tension monte. Deux ou trois personnes jouent la provocation. Un jeune brandi même un lapin vivant devant la tête de Jean-Luc Mélenchon. Quelques cris sont lancés, l'équipe du candidat doit rapidement s'enfermer dans une salle voisine pour pouvoir librement discuter, cette fois avec les journalistes.

    Puis c'est le départ pour le forum Libération. Jean-Luc Mélenchon s'attend à un combat. Avant de partir, il  avoue aux habitants de la Villeneuve : « là-bas, ils ne sont pas aussi gentils que vous. Certains viennent pour me rentrer dedans. Je ne suis pas sûr qu'ils en ont les moyens, mais bon ».

    La prédiction s'avère tout-à-fait fausse. L'amphi de la MC2 lui réserve un accueil de rockstar. Salle comble, ovation, spectateurs debout, cris « Mélenchon président » scandés par des dizaines de personnes... « Apparemment j'ai des amis ici aussi », se rassure le leader du Front de Gauche, sourire jusqu'aux oreilles.

    Le show recommence, cette fois devant 1.500 personnes. Le public a changé, mais le bagout et l'aisance restent les mêmes. Face à Nicolas Demorand, le directeur de la rédaction de Libération, et Maurice Szafran, directeur de Marianne, Jean-Luc Mélenchon revient sur sa rupture en 2005 avec le Parti Socialiste : « ils pensent qu'il faut remettre du charbon dans la machine libérale. Je pense qu'il faut rompre avec le capitalisme du 20ème siècle ». Il en profite pour placer quelques piques sur ses adversaires politiques. : « François Hollande a soulevé beaucoup de poussière avec le discours du Bourget. Mais elle va retomber ». Les questions s’enchaînent, le candidat est intarissable sur son projet politique, la salle est conquise... Décidément une belle journée de campagne pour Jean-Luc Mélenchon.

    Par Benjamin Billot, étudiant à l'Ecole de de Journalisme de Grenoble. 


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