• Pourquoi Nicolas Sarkozy est en train de perdre

    Il est des phrases qui finissent par brûler la langue de qui les a prononcées. Le président de la République avait fait de sa contre-réforme des retraites, l’incarnation de son quinquennat, et de l’inflexibilité sa marque de fabrique. Il est en échec sur toute la ligne.

    Il a perdu la bataille de l’opinion. Ses lieutenants ont eu beau décliner les éléments 
de langage peaufiné pendant des mois par des fils de pub de haut vol, les grands médias susurrer que la bataille était perdue d’avance, les Français, semaine après semaine, ont pris conscience de l’injustice fondatrice de ce projet et de son caractère néfaste pour l’emploi ou l’avenir des jeunes. Désormais, ils sont 70 % à soutenir l’exigence d’abandon de ce projet et presque autant à souhaiter un durcissement du mouvement face au raidissement du pouvoir. Fasciné par les ors de l’Élysée et le sentiment d’un pouvoir sans partage, Nicolas Sarkozy n’a pas vu que la crise avait brutalement dévoilé le règne de l’argent, la croissance exponentielle des profits lors des dernières années et il a encore amplifié l’impunité que la droite accorde aux oligarques. Comment justifier de nouveaux efforts à imposer aux travailleurs quand la Cour des comptes constate que les niches fiscales accordées aux entreprises dépassent 173 milliards d’euros chaque année ! Dans le pactole des sociétés du CAC 40, il y a de quoi assurer l’équilibre du régime des retraites.

    Le président a perdu de la légitimité démocratique. Il n’a pas respecté le vote en faveur du « non » à la constitution européenne. Il n’a pas tenu compte des élections européennes et des élections régionales qui ont constitué des désaveux de sa politique. Aujourd’hui, il veut passer en force contre la sensibilité du pays et déchirer le contrat social qui en fait l’unité. L’élection même présidentielle – et Dieu sait que ce régime révèle aujourd’hui sa nocivité – n’autorise pas à faire ce qu’on veut pendant cinq ans en méprisant ses engagements et ses électeurs. Les passages en force à l’Assemblée et au Sénat, niant le droit d’expression de l’opposition, renforcent le sentiment d’une impasse autoritaire. La légitimité est désormais du côté de la rue.

    La défaite est aussi morale. Pas seulement parce qu’avoir imposé comme porte-parole un ministre mouillé jusqu’au cou dans l’intimité des grandes fortunes donnait le sens d’un projet. Le président des riches ne peut plus prétendre incarner l’intérêt général.

    Nicolas Sarkozy perd son pari sur l’avenir. Gageons qu’aujourd’hui les manifestants seront aussi nombreux et sans doute plus que lors des précédents épisodes du mouvement social. S’y ajouteront des grèves plus musclées. Le chef de l’État s’est mis lui-même dans une seringue. S’il lâche prise, il avoue une défaite majeure ; s’il persiste, il provoque un rejet durable de la droite pour une loi qui sera inapplicable et d’ailleurs inappliquée. Il pourra bien changer de collaborateur à Matignon, le choisir portant des mèches un peu plus folles, le regard de l’opinion le poursuivra sans se laisser leurrer. L’obstination brute serait plus coûteuse qu’une retraite, si l’on ose dire.

    Par Patrick Apel-Muller


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