• Prends le pouvoir sur moi Jean-Luc

    Un dernier commentaire. Il concerne un clip fort drôlement mené. Une jeune chanteuse me propose de prendre le pouvoir sur elle. Je n’y suis pas intéressé. Je sais bien qu’il s’agit de sourire et je sais bien que tout le monde n’a pas l’honneur d’être le sujet d’un clip, ni même d’une si bienveillante invite. Mais je ne peux laisser passer sans dire que je n’ai l’intention de prendre le pouvoir sur personne. Cela ne fait pas partie de ma façon de voir les rapports humains ni même les rapports amoureux. Et puis je crois que ça doit être épuisant de prendre le pouvoir sur quelqu’un d’aussi remuant que cette personne ci ! Ensuite sans dramatiser d’aucune façon je dois aussi dire que je ne suis pas certain que cette caricature soit aussi bienveillante qu’il pourrait y paraitre d’abord. Et d’abord parce que sinon je suppose qu’on m’aurait prévenu ou demandé mon avis ce qui n’a pas été le cas. Enfin je suis bien gêné de savoir qu’il s’agit d’une publicité pour une agence. Et surtout je trouve très saumâtre que du fait de la législation en vigueur ce clip sera imputé dans mon compte de campagne ! Heureusement que je suis loin du plafond. Je voulais vous le dire. Je ne perds pas le sourire, j’ai bien rigolé. Mais, à froid, je me marre moins.

    Jean-Luc Mélenchon 

    13 avril 2012
    Par

    Le reveal final est arrivé : Rebecca, comme nous le préssentions hier, est totalement bidon. Il s’agit d’un coup monté par une agence, Passage Piéton, démasquée par un lecteur du Figaro, et que nous avons harcelé sur Twitter hier, avant de recevoir confirmation par plusieurs sources dans la journée.

    Le Lab d’Europe 1 – qui a lancé le buzz – est-il dans le coup ? Dirigé par un ancien de Spintank, un cabinet de gestion de réputation qui compte parmi ses clients Microsoft, Orange, le Ministère des Finance, le Ministère de la Culture et j’en passe, autant dire qu’il y a de quoi être méfiant, surtout chez Reflets : Spintank a été en charge d’étouffer à coup de coup de fil et de mails l’affaire Microsoft que nous avions révélée dès mai 2011, puis par la suite avec l’aide de Wikileaks en août dernier, afin qu’elle n’apparaisse pas dans les médias Français. Une mission parfaitement réussie, d’ailleurs, en dehors de Rue89, aucun média Français n’a osé déplaire à Microsoft, qui représente un énorme gâteau publicitaire.

    Mais ce qui laisse un arrière goût de manipualtion, outre la présence à la tête du Lab d’Europe 1 d’un ancien (et très compétent) employé de Spintank, une agence en charge… d’influencer l’opinion publique – un mélange des genres des plus douteux – c’est une journaliste d’Europe 1 (qui ne travaille pas au Lab) que nous avions citée dans notre précédent article. Celle-ci nous affirmait (dans une conversation qu’elle a pris soin d’effacer depuis de son wall Facebookraté) être une camarade de classe de Rebecca Carlborn.

    Il était donc relativement facile pour elle de détecter le fake… non ? Pourquoi ne pas avoir prévenu ses collègues ? Ce genre de fausses informations est-il tellement courant dans la campagne électorale en cours que cela ne necessite même pas un coup de fil au bureau d’à coté ?

    Renseignement pris sur le reste de la fine équipe qui a déclenché dans les médias de Lagardère et de Dassault le buzz, il semblerait que ce soit plus à mettre sur de l’incompétence ou de l’empressement que de la malhonnêteté, ce qui, en l’état des choses, est un moindre mal. A défaut de presse, on a de l’entertainement. Europe 1, JDD et le Figaro pour commencer, Canal+ et France 2 en bouquet final. C’est tout de même un peu flippant.

    Presse qui roule n’amasse pas mousse

    Reste que la remarque du patron de Passage Pieton, Frédéric Lambert, faite a Ozap est cinglante :

    « Objectivement, il y a une question qui se pose. On a été repris par plus de 600 médias, il est incroyable de voir que tous les supports dits sérieux, légitimes pour parler de la campagne présidentielle aient tous repris l’information »

    Ca laisse réveur sur le professionalisme et la déontologie de la presse Française, quand on sait qu’il nous a fallu 10 minutes pour nous apercevoir que l’histoire racontée en coeur par Le Figaro, le JDD et Europe 1 était un tissu de conneries.

    Tiens, par exemple, en deux ou trois requetes Google, on s’aperçoit tout de suite que la maison de disque de Rebecca est fake. Et si on y consacre un poil plus de temps – en terme d’enquête journalistique, toussa – tout le reste est également fake.

    Rebecca – qui va donc fêter son 25e anniversaire le 19 mai prochain – soit une semaine après le second tour des présidentielle – est tout sauf Paris Hilton. Son père, Hans Peder Carlborn, n’est pas milliardaire, il est chef d’entreprise, certes, mais son bilan est loin de lui permettre d’envisager pour le moment l’usage du jet privée que sa gamine affiche fièrement sur son album Facebook et son compte Twitter. Il semble plus proche du dépôt de bilan, en pratique.

    Le jet, un Pilatus PC12 – dont elle fait mine de descendre est immatriculé en Suisse au nom de  Philippe Foriel Destezet, un milliardaire actionnaire d’Addecco, sans rapport à priori avec tout cela. Et pour cause, vous allez voir.

    Les données Exif de la photo de profil Twitter de Rebecca nous indiquent que cette photo a été prise il y a plus d’un an, à 14h49 le 10 mars 2011. Pas de données de géolocalisation, ce qui a demandé à nos enquêteurs pas mal de travail (position du soleil, analyse de bulletins météo le 10 mars, tout ça crowdsourcé auprès de nos lecteurs – si on peut encore appeler ça des lecteurs à ce niveau de participation).

    A ce stade, la localisation précise de la photo est encore inconnue. Probablement plus au sud de Paris étant donné la position du soleil par rapport à l’heure de la journée.

     

    Cerise sur le gâteau : les traces d’humidité au sol et l’état impeccable de l’avion révèlent sans l’ombre d’un doute qu’il a été nettoyé au jet d’eau dans la matinée et que le soleil a eu le temps de sécher la piste, mais pas le dessous de l’appareil. Celui-ci était donc sans l’ombre d’un doute stationné depuis belle lurette quand la photo a été prise. Rebecca ne voyage pas en jet, pas plus qu’elle n’a un père milliardaire, la seule chose dont on est certain c’est qu’elle parle suédois et qu’elle a un physique de porn star assez appétissant.

     

    Comment, dès lors, des journalistes censés vérifier leurs sources, surtout quand le sujet touche à la politique, en particulier en période électorale, ont pu se faire enfumer aussi facilement ?

    Quelle est la proportion d’informations proposées par le JDD, Europe 1 et le Figaro qui relève de ce niveau de professionalisme dans le traitement de l’info ? On signe où pour avoir une carte de presse et un abattement d’impôt ? Combien et qui a du payer une marque comme Microsoft pour faire taire la presse Française ? Combien d’autres scandales de ce type se règlent avec une enveloppe ou la menace d’un retrait de budget pub ? Quelles autres informations politiques essaimées durant la campagne présidentielle relèvent de l’intox pure et dure ?

    Plein de questions sans réponse, donc.

    En pratique, la réalité de ce qu’est la presse, ce n’est pas Jean Luc Mélenchon qui en parle le mieux.

    Non, ce n’est pas Jean-Luc qui en parle le mieux, ce sont les professionels, comme la patronne d’Idenium, l’agence qui a fait la promotion de Rebecca.

    En dehors de faire tomber les dernières illusions que certains pouvaient avoir quand au sérieux de la presse en France dans cette période électorale, les conséquences de ce petit clip pop sont loin d’être anodines.

    Si son effet sur la crédibilité de la presse est désastreux, on ignore tout, en revanche, sur l’impact que cela pourra avoir sur la campagne de Mélenchon. On sait, par contre, après avoir consulté plusieurs membres de son équipe de campagne, que les frais de réalisation et de promotion du clip seront imputés au budget de campagne du Front de Gauche. Si, si. Ca parait dingue, mais c’est comme ça. Jean-Luc himself le confirme dans son blog.

    Un dernier commentaire. Il concerne un clip fort drôlement mené [...] sans dramatiser d’aucune façon, je dois aussi dire que je ne suis pas certain que cette caricature soit aussi bienveillante qu’il pourrait y paraître d’abord. Et d’abord parce que sinon, je suppose qu’on m’aurait prévenu ou demandé mon avis ce qui n’a pas été le cas. Enfin je suis bien gêné de savoir qu’il s’agit d’une publicité pour une agence. Et surtout je trouve très saumâtre que du fait de la législation en vigueur ce clip sera imputé dans mon compte de campagne ! Heureusement que je suis loin du plafond. Je voulais vous le dire. Je ne perds pas le sourire, j’ai bien rigolé. Mais, à froid, je me marre moins.

    On ne sait pas non plus qui a commandité ce clip, ni ce qui est passé par la tête de l’agence de RP Idénium qui en a fait la promotion au risque de ridiculiser le groupe Lagardère qui est l’un de ses clients… tout comme Passage Pieton qui compte aussi Lagardère comme client. A moins que Lagardère soit dans le coup depuis le début.

    L’explication officielle consiste à dire qu’ils ont ridiculisé la presse Française dont ils sont pour beaucoup les prestataires afin de fêter leur anniversaire. Amusant.

    Ruiner la réputation d’un client est une approche commerciale innovante, mais ça parait tout de même un peu tiré par les cheveux comme explication.

    Disons que si Idénium et Passage Piéton perdent dans les 24h Lagardère comme client, ça peut être crédible.

    Le bon coté, c’est qu’au final, en effet, ce clip sert tout à fait le discours de Jean Luc Mélenchon, qui n’a de cesse de dénoncer une presse corrompue et aux ordres. Grace à Victoire Passage et ses plus de 600 articles et une demi douzaine de passage TV qu’elle a généré, on peut ajouter le ridicule.


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