• Que peuvent attendre les Verts et la gauche d'Europe Ecologie ?

    Le succès des listes Europe Écologie, talonnant le PS lors des dernières élections européennes, les sondages favorables pour les prochaines régionales feraient des Verts, selon certains observateurs, la force suceptible d'enclencher une recomposition politique à gauche. Or Europe Écologie n'est pas les Verts, ni sur la forme ni sur le fond.La campagne présidentielle de 2007 marquée par l'impact dans l'opinion publique des propositions de Nicolas Hulot, le succès de son « pacte écologique » ont démontré que le souci écologique est devenu une donnée prégnante des aspirations des Français. Plus récemment, une enquête de Médiascopie réalisée à l'occasion du sommet de Copenhague en décembre dernier montre que les Français jugent le sujet du climat primordial. Cela fait donc maintenant quelques années que la question écologique prend de l'ampleur. Elle croise une seconde inquiétude, amplifiée par la crise : la peur du déclassement social. Les Verts, en choisissant de se positionner dans le camp de la gauche au début des années 90, tentaient de construire un parti capable de répondre à cette double problématique écologique et sociale. Malgré quelques succès ponctuels, les Verts ne sont pas, pour l'instant, parvenus à incarner aux yeux des Français un parti capable d'apporter et de mettre en œuvre des réponses crédibles aux défis écologiques et sociaux. Ainsi lors de la présidentielle de 2007, la mise en avant des thématiques écologistes à travers le pacte de Nicolas Hulot ne profite en rien à la candidate Verts. Dominique Voynet recueille à peine 1,6% des suffrages. Deux ans plus tard, en une élection et un coude-à-coude avec le PS (16,3% pour Europe Écologie et 16,8% pour le PS), les écologistes ont modifié la donne politique en France. Avec une nuance d'importance : Europe Écologie n'est pas les Verts. Europe Écologie est le nom de la contradiction des Verts. Une contradiction traduite par le flou des stratégies de rassemblement mises en œuvre par Daniel Cohn-Bendit (DCB) : un tropisme centriste tout en affirmant un ancrage à gauche. Un flou qui a conduit la députée Martine BIllard à quitter les Verts, jugeant que l'attraction centriste prenait le pas sur le positionnement de gauche. Ce flou menace jusqu'à l'existence des Verts en tant que parti. DCB ne s'en cache pas. Les Verts doivent céder le pas à Europe Écologie qui, affirme-t-il, « pour 2012, doit être une force politique nouvelle autonome, celle de l'éco-politique ». Il ajoute : « Nous ne sommes pas la seule alternative à l'UMP. C'est pour cela que je participe à des discussions avec Vincent Peillon, François Bayrou, Marielle de Sarnez... Il faut inventer une nouvelle perspective qui ne soit ni la "gauche plurielle", ni le "programme commun", mais un espace politique où ces diversités opposées à l'UMP puissent trouver une unité. » Une position qui fait d'ailleurs grincer des dents chez les militants Verts. Ainsi Alain Lipietz, dans un article intitulé « La crise d'Europe Écologie Île-de-France », explique que « la liste du Val-d'Oise vient d'exploser, la moitié des Verts l'ont quittée. (...) Raison de cette crise du 95 ? La direction de campagne a eu la main particulièrement lourde, imposant les candidats non Verts, sans concertation, (ce qui est peu admissible) et, ce qui est plus grave, ne tenant aucun compte du vote des militants dans la composition de la partie verte de la liste (ce qui est inadmissible) », ajoute-t-il.
    Les Verts sont-ils en train d'être mis hors jeu de l'écologie et de la politique ? Ou bien inventent-ils avec Europe Écologie une nouvelle forme d'organisation politique susceptible d'être le cœur d'une recomposition politique ? Et si oui, dans quel sens se fera cette recomposition, à gauche ou au centre ? Derrière le rassemblement hétéroclite qui va de José Bové à des adhérents de Cap21 (membre fondateur du Modem), en passant par des anciens socialistes, des communistes et des personnalités, y a-t-il un projet politique ? Comme le soulignait une note de campagne publiée en 2009 sur le site du Front de gauche le programme d'Europe Écologie « mêle propositions libérales visant au développement d'un nouveau capitalisme vert et propositions plus à gauche, mais impossibles à mettre en œuvre dans le cadre du traité de Lisbonne, que les Verts continuent de soutenir et promouvoir ». Pour Corinne Lepage, vice-présidente du Modem, il n'y a pas photo : « La vraie révolution dans la vie politique française, c'est la création d'une voie écolo-démocrate. Daniel Cohn-Bendit travaille exactement dans la même direction. Nous avons plaidé pour cela, nous n'y sommes pas parvenus pour ces élections. Nous aurions dû faire des listes communes. » Et elle ajoute : « Nous y retravaillerons après les régionales. »

    Stéphane Sahuc
    dans L'HUMANTÉ DIMANCHE, N° 198 Semaine du 11 au 17 février 2010

    Tags Tags : , , , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :