• Quelle stratégie pour le Front de Gauche ?

    Jean-Luc Mélenchon, les municipales et l’avenir du Front de gauche

    interview de Regards.fr

    La question des alliances PC – PS au premier tour des élections municipales enflamme le Front de Gauche. Alors que le feu couvait depuis plusieurs mois et à quelques jours du vote des militants communistes Jean-Luc Mélenchon fait monter la pression et en fait une question décisive pour l’avenir du Front de Gauche. Sur son blog, il écrit : « Il y aura une liste autonome de l’autre gauche à Paris comme partout ailleurs, au premier tour. A Paris, Danielle Simonnet en a lancé la campagne la semaine passée ! Que devient alors le « Front de Gauche » si une partie de l’une de ses composantes préfère l’alliance avec les socialistes ? C’est la question que nous sommes en train d’étudier. Dans les faits, un Front d’un type nouveau sera présent : certains communistes l’auront quitté, pas tous, loin de là, d’autres composantes l’auront rejoint peut-être. Mais plus rien ne sera comme avant. » Nous l’avons rencontré pour une explication de texte.

     

    Regards.fr. Vous semblez anticiper une décision des communistes parisiens en faveur de l’alliance avec les socialistes au premier tour. Pourquoi le pensez-vous ?

     

    Jean-Luc Mélenchon. Parce que les négociations entre communistes et socialistes sont très avancées ! Nos partenaires du Front de gauche ne nous informent de rien mais on apprend incidemment, au détour d’un article dans l’Humanité, à propos de Dieppe que des négociations sont en cours entre les deux partis à Paris. Fin août, quand le journaliste de Libération interroge Pierre Laurent sur les prétentions du Front de gauche à obtenir 15 élus parisiens il confirme que la nouvelle représentativité du Front de gauche doit être prise en compte par les socialistes. Pourtant il n’a pas de mandat du Front de gauche pour cette négociation. Serions-nous le deuxième choix du PCF en cas d’échec des négociations avec les socialistes ? Ce n’est pas acceptable.

     

    Mais le vote des militants communistes n’interviendra qu’en octobre…

     

    Je leur lance une alerte solennelle : ce vote n’a pas seulement une dimension locale. La question est de savoir si le Front de Gauche s’assume comme une alternative. Pour nous les discussions à Paris avec la fédé du PCF sont suspendues tant que les militants ne se seront pas prononcés. Nous avons commencé la campagne.

     

    Ne dramatisez-vous pas ?

     

    Je refuse de masquer le danger ! Nous tirerons les conséquences d’un accord avec les socialistes à Paris, à Évry – la ville de Manuel Valls, à Nantes - celle de Jean-Marc Ayrault, à Lyon, à Toulouse… Car alors il y aurait un sérieux problème de cohérence et de visibilité pour le Front de Gauche. On ne peut pas manifester le samedi contre la politique du gouvernement et voter le dimanche pour un de ses ministres. Cette confusion rend le Front de Gauche inaudible, alors même que le débat se polarise dans les médias autour du Front National.

     

    Vous savez bien que Toulouse, Nantes, Lyon sont des fédérations autrefois « huistes » (en accord avec Robert Hue) hors de contrôle de l’actuelle direction du Parti communiste…

     

    Ce débat n’est pas le mien. Je dis seulement que c’est la clarté politique qui unifie et non les compromis entre fractions. La cohérence est une responsabilité politique qu’il faut assumer. Il serait étrange d’avoir un parti avec deux systèmes d’alliance alors même que la majorité des communistes sera sans nul doute favorable à des listes autonomes. Tous les communistes de France, toutes les listes du front de gauche seront décrédibilisés par le retour de quelques uns au bercail de la gauche plurielle ! Et cela alors que sept des neuf organisations qui composent le Front de Gauche sont déjà en faveur de l’autonomie. Quelle est la position du PCF ? Bref : je considère que ce serait une faute politique de s’allier avec le PS. Pierre Laurent milite pour … et moi contre. Les militants vont trancher. Puis les électeurs.

     

    Le Front de Gauche est un Front et non un parti unique. N’est-il pas normal qu’il y ait des différences entre ses composantes ?

     

    L’autonomie par rapport au Parti Socialiste est dans notre accord initial. La question des Fronts à géométrie variable a été tranchée. Le PCF était d’abord pour. Nous, nous voulions un parti unique. Cela n’a été ni l’un ni l’autre, mais une alliance durable dont la colonne vertébrale est l’autonomie. Surtout dans une élection à deux tours. Disparaitre du premier tour c’est diminuer la gauche. Peut-on imaginer que nous fermions la boutique Front de Gauche jusqu’en avril pour la rouvrir au moment des européennes en mai. Faudra-t-il la refermer de nouveau en 2015 lors des élections pour les conseillers territoriaux ?

     

    Faut-il alors prendre le risque de faire exploser le Front de gauche ?

     

    Je ne crois pas que le Front de Gauche va se fracasser. Mais de fait il y a un risque d’explosion de son message et de sa crédibilité. Il y a deux écueils mortels pour le Front de Gauche : l’absence de base sociale ou l’absence de stratégie. Je ne veux ni de l’un ni de l’autre. Je veux élargir la base du Front en tranchant le débat stratégique.

     

    La question essentielle est celle de dépasser le leadership socialiste. Nous sommes tous d’accord pour travailler à un élargissement politique du Front de Gauche. Mais il y a deux voies. Pour nous, les élections municipales sont l’occasion d’élargir les alliances politiques vers tous les opposants à l’austérité. Faire alliance avec le Parti Socialiste conduit à se détourner des militants du mouvement social, des socialistes qui n’acceptent pas la politique du gouvernement, des écologistes critiques. Nous, nous voulons construire les conditions d’une nouvelle majorité et cela passe par leur tendre la main sans leur demander de dire la même chose que nous. Juste de rompre avec l’austérité. Si nous ne faisons pas ces listes autonomes, nous leur coupons la route de la sortie du dispositif socialiste. C’est parce que nous serons autonomes que nous pourrons faire coaguler les forces d’alternatives.

     

    Je ne propose pas l’épopée folle des derniers résistants. Je refuse la bunkerisation dans la vieille alliance de gauche plurielle. Je propose une stratégie de conquête et d’élargissement. On m’objecte parfois le risque de perdre. C’est inhérent aux élections. Je veux aussi prendre le risque de gagner.


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