• Rouge dans la brume - Gérard Mordillat

    Gérard Mordillat signe le dernier volet d’une trilogie qu’il a consacrée aux combats sociaux. Un appel au soulèvement et à une mutualisation des luttes.

    Condamnés à perdre leur vie à la gagner ?

    IMG/jpg/rougedanslabrume-2.jpg Au commencement, il y eut la tempête. Lucas Carvin vient d’être licencié, comme les trois cent cinquante autres de la Méka. L’orage est violent, la douche glacée. L’usine secouée par la pluie et le vent porte dans son ventre la détermination d’une poignée de Vivants…

    Rouge dans la brume [1], c’est l’histoire d’une entreprise occupée, l’histoire d’un combat, d’une guerre.

    Dans son dernier roman, Gérard Mordillat [2], en même temps qu’il invite à penser autrement cette « logique économique » qu’on voudrait nous faire croire implacable, fait vivre ces personnages par la lutte. La lutte pour leurs emplois, leur dignité, leurs savoir-faire, contre les délocalisations, contre la marchandisation du travail et celle du travailleur.

    Les « paroles de dirigeants » (politiques et leaders syndicaux), qui ponctuent le texte, ancrent le récit dans la réalité. La littérature embrasse le documentaire. Rouge dans la brume décrit le quotidien de centaines d’ouvriers en lutte contre un système qui a fait d’eux de simples variables d’ajustement. À l’image de Carvin (délégué FO) partisan du non-négociable et de la manière forte, d’Anath, la DRH de l’usine, elle aussi licenciée, qui se place délibérément aux côtés de ceux qui se battent, de celle de Weber (délégué CGT), qui croit en la justice et en la négociation, de Mademoiselle Poinseau, la chimiste de l’usine, qui va mettre son savoir-faire au service du combat commun, les licenciés de la Méka refusent de s’agenouiller, de baisser la tête devant une économie de marché qui tire à vue et condamne les travailleurs en posant des cadenas aux portes des usines. Les exemples sont trop nombreux de ceux qui se sont fait avoir. Gérard Mordillat les cite  : « Sony, 3M, Caterpillar, Molex, Scapa, Faurecia, New Fabris, Nortel… »

    L’histoire des ouvriers de la Méka, cette usine de fabrication de pièces métalliques du nord de la France, paraît presque un manifeste politique, un appel a soulèvement, à la mutualisation des luttes, éloge de la « tache d’huile »… Leur combat s’étendra bientôt à une deuxième usine, puis une troisième. Ils restent debout, avec, dans les mains, les armes qu’ils ont choisi de prendre  : débats, manifestations, séquestrations, destructions des stocks, solidarité. Ensemble, par centaines, par milliers, ils savourent les petites victoires, font face aux drames.

    Rouge dans la brume conclut une série que Gérard Mordillat a consacrée aux combats sociaux. Les Vivants et les Morts, récemment adapté pour la télévision, et Notre part des ténèbres précèdent ce dernier volet d’une trilogie puissante qui offre une identité aux milliers d’ouvriers licenciés et que la sacro-sainte statistique à transformés en chiffres.

    Un roman à lire et à faire lire.

    Article de Marion d’Allard paru dans L’Humanité du 5 janvier 2011

    Des personnages puissants, des noms que l’on n’oubliera pas  : Carvin, Anath, Weber, Sidot, Djuna, Corda, Bona, Océane… Entre leur combat contre les patrons, qui pilotent depuis Detroit le plan de sauvegarde de l’emploi, et les amours qui naissent ou s’épuisent, Gérard Mordillat ouvre les portes de l’intime. Peur, perte, lutte et stratégie s’invitent aux tables des familles, s’immiscent jusque sous les draps des chambres à coucher, finissent par prendre toute la place, contraignent les salariés à l’obsession. Au fil des pages, il décortique la place du travail, de la souffrance qu’il peut représenter, et pose la question sans détour  : sommes-nous tous condamnés à perdre notre vie à la gagner  ?


    Notes

    [1] Rouge dans la brume - Gérard Mordillat - ISBN : 9782702141625 - Editeur : Calmann-levy - 434 pages, 23 X 15 cm, 626 grammes

    [2] Gérard Mordillat : L’engagement, du papier à l’écran Gérard Mordillat est écrivain et cinéaste. Nous lui devons notamment Vive la sociale !, publié en 1981, la Grande Jument noire – les Cheminots dans l’aventure du siècle, publié en 2000, ou Douce banlieue, publié en 2005. Il a coréalisé pour la télévision, avec l’historien Jérôme Prieur, la série documentaire Corpus Christi en 2003 et l’Apocalypse en 2008. Il a également signé l’adaptation pour France 2 de son livre les Vivants et les Morts en 
une série de huit épisodes diffusés en octobre dernier. Le 20 janvier prochain, sortira en librairie le Linceul du vieux monde, un recueil de ses poèmes publié aux Éditions Le Temps qu’il fait. Du papier à l’écran, Gérard Mordillat est 
un artiste complet et engagé.


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :