• Sécurité : Jean-Luc Mélenchon répond aux questions de "La grogne dans la gendarmerie"

    Jean-Luc Mélenchon, qui fut ministre de l’enseignement professionnel de 2000 à 2002, fut un sénateur de notre République avant d’être député européen, mandat qu’il occupe depuis 2009.
    Co-président du Parti de Gauche avec mme Martine Billard, il est candidat aux élections présidentielles pour 2012.
    C’est à ce titre que l’équipe de la Grogne dans la gendarmerie lui a fait parvenir sa batterie de questions.
    M Mélenchon nous a fait parvenir ses réponses par courrier.
    Merci Monsieur le Ministre d’avoir voulu consacrer un peu de temps pour informer le monde des gendarmes.


    Monsieur

    Je vous remercie de l’intérêt que vous manifestez envers la campagne que mène au nom du Front de Gauche.

    Vous m’interrogez sur ma conception des forces de sécurité dans le pays.

    Je veux d’abord vous dire que la loi du 3 août 2009, en rattachant la gendarmerie nationale au ministère de l’Intérieur est un véritable bouleversement pour les institutions républicaines. Elle ouvre la voie à la fusion des forces de sécurité, un danger pour nos institutions. En effet, la dualité des forces de police est une valeur républicaine à laquelle je suis attaché. Cette loi emporte également de profondes modifications pour la gendarmerie elle-même, notamment en lui faisant peu à peu perdre son caractère militaire.

    Il n’est pas nécessaire d’attendre que ces risques deviennent réalité pour réagir. Je suis clairement opposé à la fusion des forces de sécurité et remettrai en cause cette loi dans le cadre de la mise en place du service public unifié de sécurité.

    De même, il faudra revoir de manière drastique la répartition des forces de police sur le territoire national : les communes populaires sont aujourd’hui les premières à souffrir de la rationalisation » des effectifs à l’échelle des départements et un effort conséquent devra être opéré pour répondre à leurs besoins. Ainsi, parce que je crois en la police de proximité, je suis convaincu qu’il ne faut pas détricoter le maillage territorial assuré par la gendarmerie nationale. Le critère démographique, qui bien entendu ne peut être négligé, et l’égalité entre les territoires, seront mes principes directeurs pour établir la carte des forces de police sur le territoire national.

    ll est inscrit dans le programme du Front de Gauche que nous devrons impérativement stopper la baisse des effectifs de police et recruter. Les forces de police, entendues comme les forces en charge du service public de la protection des personnes et des biens, et du maintien des institutions, comprennent tant celles de la police nationale que la gendarmerie nationale. Notre ambition est d’intégrer toutes les polices de sécurité publique, donc y compris les polices municipales, dans un service public unifié. Cependant, cela nécessitera de revoir la formation notamment des policiers municipaux. Un effort financier conséquent devra être fait pour répondre aux besoins des forces de police, tant pour les moyens matériels des commissariats que celles de casernes de gendarmerie. Les conditions de travail et de vie des personnels en dépendent directement.

    Ce choix très clair s’accompagne d’un coup d’arrêt à la privatisation de la sécurité publique avec la multiplication des sociétés de sécurité privées.

    Je juge nécessaire de démocratiser la Défense en faisant des militaires des citoyens à part entière, en leur reconnaissant le droit d’adhérer à un parti politique et le droit syndical tout en encadrant les mouvements collectifs des militaires. Il s’agit là de donner aux militaires des droits qui se rapprochent de ce qui existe pour les fonctionnaires en uniforme, tels que les policiers, les agents de la pénitentiaire ou les CRS. La première étape peut fort bien être la reconnaissance des associations professionnelles, mais j’estime qu’il est plus efficace d’autoriser l’adhésion à un syndicat, celui-ci étant reconnu selon les mêmes règles de représentativité que l’ensemble des syndicats de la fonction publique.

    Concernant la nouvelle organisation des services de renseignement, je ne peux donner quitus à monsieur Sarkozy en la matière. lls sont au cœur de la politique de sécurité et de défense mise en œuvre par le chef de l’État depuis son élection. Or, je combats ses conceptions en la matière. C’est pour cela qu’en matière de défense, je m’engage à lancer la rédaction d’un nouveau livre blanc sur la défense, conforme aux nouvelles ambitions de la France, notamment pour revenir sur le postulat selon lequel « la distinction traditionnelle entre sécurité intérieure et sécurité extérieure n’est plus pertinente ».

    Ce postulat est attentatoire aux libertés. Et ce fut bien le cas pendant son mandat avec la multiplication des gardes à vue, l’extension des fichages, la loi LOPSSI2 et autres lois sécuritaires, etc.

    Ma volonté est de faire de la sécurité une affaire de solidarité nationale, et d’imposer une politique souveraine de la défense française au service de la paix. Bien cordialement


    Nous vous remercions encore Monsieur le Ministre pour ces réponses qui ne manqueront pas de compter dans le débat sur la sécurité de nos concitoyens.

    Jacky Mestries, directeur de publication d'armee-media.com


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