• Un président casseur

    «J ’en appelle à la responsabilité de l’ensemble des acteurs », a osé déclarer, hier, Nicolas Sarkozy. Comme si lui-même en faisait montre ! Que dire d’un président qui, au mépris de la souveraineté populaire qui fonde la République, tente de passer en force pour briser le droit à la retraite des salariés ? Que penser d’un chef d’État qui fait truquer les chiffres des manifestants ou des grévistes à la SNCF ? Comment qualifier un premier ministre qui prétend contre toute réalité que « le mouvement social plafonne » et qu’il « n’y a jamais eu plus d’un million de personnes dans les rues » ? Comment prendre au sérieux les bonimenteurs UMP qui prétendent qu’il n’y a pas de problème d’approvisionnement en carburant quand des centaines de milliers de Français galèrent pour faire un plein ?


    Ce pouvoir a élevé la fausse nouvelle au rang d’industrie, la seule qui se développe sous son règne. Plus, il fait de la provocation à la violence un recours face à la puissance du mouvement de protestation. Là, il dépêche des hordes de CRS contre les salariés des raffineries. Ici, il fait donner la matraque et les lacrymogènes contre les lycéens qui pacifiquement manifestaient sur les Champs-Élysées. Partout, par sa fermeture aux préoccupations sociales, il fait naître de tristes vocations et donne du grain à moudre aux casseurs. Ne cherchez pas ces derniers dans les rangs des manifestants, vous n’en trouverez pas. Les salariés en grève démontrent un sang-froid que pourraient leur envier les snipers de l’UMP, tandis que les syndicats veillent à repousser hors des cortèges ceux qui veulent en découdre. C’est d’ailleurs la préoccupation constante des lycéens en lutte. Si, ici ou là, des élèves – exaspérés par l’absence d’écoute gouvernementale – se laissent entraîner par des groupes violents et sans doute par des provocateurs dépêchés par des officines coutumières du fait, ils sont une minorité qui ne peut cacher l’immense foule résolue et combative qui arpente les pavés. Hier encore, elle était plus nombreuse que la fois précédente. Nicolas Sarkozy a bien enrôlé Angela Merkel pour une séance de propagande, lundi soir sur France 2, rien n’y a fait. Sa cote de popularité plonge vers des abysses et même ses commanditaires du Medef s’inquiètent d’une dégradation de l’économie. Mme Parisot, qui a mis le feu aux poudres en réclamant cette contre-réforme, souhaite désormais que « le climat s’apaise le plus vite possible »…

     

    Dans la comédie de la dramatisation, de grands médias jouent de piètres rôles, décrivant un pays en proie à la « guérilla urbaine ». La vieille ficelle de la peur est agitée. C’est toujours le recours ultime de la droite. L’honnêteté dans le traitement de l’information devrait conduire à constater que l’unité syndicale donne toujours le ton, que personne ne cède aux sirènes du conflit de générations qu’actionne Rama Yade et qu’au contraire salariés et jeunes se retrouvent puissamment solidaires. À chaque étape, le mouvement est décidé démocratiquement à la base. Ses formes s’adaptent au temps long imposé par le pouvoir et adoptent une plasticité nouvelle. Le temps passant et le pouvoir s’enfermant dans l’autoritarisme, la critique s’aiguise et se précise. Souvent, le rejet va au-delà du texte porté par Éric Woerth. Cette mobilisation va avoir des suites. Dans la rue. Et dans les urnes.

    Patrick Apel-Muller

    l'Humanité 20 octobre 2010


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