La réaction présidentielle n’a pas tardé. Dès lundi 22 mars, le gouvernement était remanié, le ministre du travail Xavier Darcos remercié, de même que M. Martin Hirsch, haut commissaire à la jeunesse et aux solidarités actives. MM. François Baroin, Marc-Philippe Daubresse et Georges Tron ont fait quant à eux leur entrée au gouvernement, sans déclencher, semble-t-il, d’effusions de joie incontrôlées dans les quartiers populaires du pays… Or les élections régionales se sont traduites par un taux d’abstention de 70% chez les ouvriers et de 64 % chez les employés (contre 44 % chez les professions libérales et les cadres) (1). Les mauvaises langues estimeront que le remaniement visait sans doute davantage à ressouder la majorité — en donnant des gages (et des postes) à certains courants tentés par la sécession — qu’à améliorer les conditions d’existence des milieux modestes, par exemple en leur garantissant un service public de qualité.
Or, sur ce terrain, le premier ministre François Fillon a été on ne peut plus clair, en annonçant dès dimanche soir qu’il fallait « garder le cap fixé par les élections nationales ». En d’autres termes, continuer la « réforme » libérale de l’Etat. La nomination de M. Eric Woerth, qui en avait hier la charge, comme ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique, va en ce sens. Car confier ce poste à un gardien de l’orthodoxie financière, architecte du « bouclier fiscal » et ancien dirigeant d’Arthur Andersen, le cabinet d’audit qui était basé à Chicago, en dit long sur les batailles qui se préparent.